Alfred Tarski
1901 - 1983
Alfred Tarski a rendu la vérité mathématiquement respectable sans la réduire à la psychologie ou à la métaphysique, mais cet accomplissement est issu d'un tempérament à la fois austère et ambitieux. Il n'était pas satisfait de dire que les énoncés correspondent à la réalité dans un sens philosophique vague. Il voulait une définition suffisamment disciplinée pour survivre aux paradoxes, assez précise pour être utile et suffisamment générale pour éclairer ce que les systèmes formels peuvent et ne peuvent pas faire. Sous le brillant aspect technique se cachait une forte conviction que la vagueness en logique n'était pas une profondeur mais une faiblesse. Pour Tarski, la clarté était une exigence morale autant qu'intellectuelle.
Travaillant en logique formelle, il cherchait une définition de la vérité adéquate pour les langages formalisés et suffisamment robuste pour éviter les paradoxes sémantiques. Son approche célèbre nécessitait une distinction entre le langage objet et le métalangage, de sorte que l'on puisse dire dans le métalangage qu'une phrase est vraie si et seulement si ce qu'elle affirme se réalise. Cette distinction n'était pas seulement un dispositif technique ; elle exprimait sa profonde méfiance à l'égard du langage, qui peut se retourner contre lui-même si l'on ignore les niveaux de description. Sa solution imposait un ordre là où la réflexion philosophique avait souvent dérivé vers la contradiction.
La persona publique de Tarski était celle du logicien exigeant, détaché et presque impersonnel, pourtant la force privée derrière cette persona était un puissant désir de sauver le sens de la confusion. Il avait peu de patience pour les théories qui échangeaient la grandeur rhétorique tout en refusant la discipline formelle. En ce sens, son travail était une réprimande aux philosophes qui traitaient la vérité comme une occasion de théâtre métaphysique. Mais c'était aussi une défense du bon sens : une phrase n'est pas rendue vraie par nos attitudes à son égard. Sa vérité dépend du monde, et notre tâche est d'énoncer cette relation sans auto-tromperie.
Sa contribution est importante car elle a clarifié ce que les philosophes peuvent et ne peuvent pas demander d'une théorie de la vérité. Une bonne théorie devrait préserver les intuitions ordinaires tout en respectant la rigueur formelle. Tarski a montré qu'on peut définir la vérité de manière disciplinée pour de nombreux langages, et que ce faisant, on éclaire la structure de la conséquence sémantique et de la validité logique. Il a donné aux penseurs ultérieurs un modèle de séparation entre le formel et l'intuitif sans prétendre que l'un ou l'autre pouvait être ignoré.
Le coût de cet accomplissement était que la vérité, entre ses mains, devenait de plus en plus technique. Le schéma de base semble trivial, mais l'entreprise qui l'entoure est tout sauf cela. Les méthodes de Tarski ont aidé à transformer la philosophie analytique, la logique et la sémantique, mais elles ont également encouragé un style d'enquête dans lequel seule ce qui pouvait être contrôlé formellement comptait comme sérieux. Cela a laissé certaines questions humaines—en particulier celles impliquant le langage ordinaire, le jugement moral et la narration historique—encore résistantes à son cadre. Sa propre rigueur a peut-être renforcé cette résistance, car il faisait confiance à des méthodes qui pouvaient être prouvées plus qu'à des significations qui pouvaient simplement être ressenties.
L'effet surprenant de son travail était de faire apparaître la vérité à la fois élémentaire et difficile, familière et spécialisée. Il n'a pas éliminé le débat philosophique ; il l'a discipliné. Dans un siècle méfiant à l'égard des absolus vagues, cela avait une importance énorme. Tarski se tient dans l'histoire de la vérité comme le technicien qui a montré que la vieille question pouvait être traitée avec de nouveaux outils, bien que le prix de la précision fût que certaines formes d'ambiguïté vécue devaient être laissées en dehors du laboratoire de la logique.
