Arrian
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Arrian est indispensable à Épictète car il est le médium par lequel Épictète survit. Élève du philosophe, Arrian a enregistré les conversations qui sont devenues les Discours et a condensé leurs leçons dans l'Enchiridion. Sans lui, Épictète serait connu principalement par sa réputation et par des citations d'autrui ; avec lui, nous entendons une philosophie en mouvement.
Le tempérament intellectuel d'Arrian n'était pas identique à celui d'Épictète. Il était également homme d'État, historien et écrivain militaire, et ce contexte peut en partie expliquer pourquoi il a été attiré par un enseignement stoïcien qui reliait la maîtrise de soi à la conduite sous pression. Il semble avoir valorisé non seulement le contenu de la pensée d'Épictète, mais aussi son utilité. L'Enchiridion, en particulier, transforme la conversation philosophique en quelque chose de portable, presque comme un manuel de terrain pour l'âme.
Son rôle dans ce sujet est donc double. D'abord, il est un témoin des idées centrales d'Épictète, préservant la spontanéité de la salle de classe plus que le poli d'un traité achevé. Ensuite, il est un interprète, et tout interprète édite. La différence entre les Discours et le Manuel est significative car elle montre comment un enseignant vivant peut être transformé en un ensemble de principes. Cette transformation a contribué à l'influence d'Épictète, mais elle l'a également simplifié.
La propre contradiction d'Arrian est celle de la médiation fidèle. Il nous donne accès, mais jamais un accès brut. Nous lisons Épictète à travers ses yeux, et ces yeux sont exceptionnellement disciplinés, pratiques et sélectifs. Le résultat est un portrait qui semble intime et autoritaire, tout en restant en partie littéraire. C'est une des raisons pour lesquelles les chercheurs modernes distinguent toujours Épictète de « l'Épictète de l'Enchiridion ».
Il appartient à l'histoire car la philosophie survit souvent non par le monument mais par la transcription. Arrian a rendu possible un penseur dont le sujet le plus important était la liberté de l'esprit. Dans une histoire façonnée par des empires, c'est une ironie appropriée : l'ancien esclave qui a enseigné la liberté intérieure a atteint la postérité grâce à la loyauté d'un élève qui savait préserver une voix sans la posséder.
