Galen Strawson
1952 - Present
Galen Strawson est l'un des philosophes qui a abordé le problème difficile de la conscience non pas comme une énigme à résoudre, mais comme un test de pression pour l'ensemble de la conception de la réalité. Son intuition centrale est claire : la conscience n'est pas quelque chose que nous pouvons expliquer comme un sous-produit tardif de la matière aveugle, car l'expérience est la seule chose que nous connaissons de manière la plus intime et directe. Toute philosophie qui commence par la traiter comme négligeable, accidentelle ou simplement dérivée, pense-t-il, a déjà perdu le contact avec ce qui est le plus certain.
Cette conviction donne à son travail sa force et aussi sa température émotionnelle sévère. Strawson écrit comme quelqu'un qui essaie d'empêcher la philosophie de commettre une erreur de catégorie contre la réalité vécue. Ses arguments ne sont pas simplement techniques ; ils ont un ton moral de résistance. Il pose sans cesse la question que de nombreux comptes rendus physicalistes tentent de repousser : comment l'expérience pourrait-elle surgir de ce qui était totalement dépourvu d'expérience en premier lieu ? Pour lui, la réponse ne peut pas être une simple gesticulation, et elle ne peut pas être un billet à ordre sur la science future. L'écart explicatif n'est pas un inconvénient temporaire. C'est le signe que notre métaphysique est trop mince.
C'est pourquoi Strawson est devenu un défenseur si important des approches panpsychistes et monistes russelliennes. Ces positions préservent une vision largement naturaliste tout en niant que la conscience puisse être extraite de choses totalement non expérientielles. En effet, il traite l'expérience comme faisant partie du mobilier de base de la nature. Ce mouvement a une attraction psychologique claire : il protège la réalité de la conscience contre la réduction, et il lui permet de rester fidèle à la fois au bon sens et à la rigueur philosophique. Il révèle également un tempérament mal à l'aise avec la déflation. Strawson n'est pas intéressé à réduire le mystère ; il veut rendre notre ontologie suffisamment honnête pour l'inclure.
Cependant, il y a une tension dans cette posture. Publiquement, Strawson apparaît souvent comme un défenseur inflexible de la franchise intellectuelle, mais le coût de cette franchise est un style confrontational qui peut laisser peu de place au compromis. Il est le plus convaincant lorsqu'il expose les évasions chez les autres ; il est moins conciliant lorsque ses propres révisions métaphysiques préférées rencontrent de la résistance. La persona est celle d'une lucidité intransigeante, mais la méthode sous-jacente est aussi un refus de laisser le monde rester conceptuellement confortable. Ce refus peut sembler revigorant, mais il peut également restreindre le champ du débat en rendant des positions plus faibles et plus incrémentales peu sérieuses.
Les conséquences du travail de Strawson s'étendent au-delà de la philosophie de l'esprit. Il a contribué à rendre le panpsychisme respectable à nouveau dans la philosophie analytique contemporaine, et ce faisant, a élargi la gamme de ce que des penseurs sérieux pouvaient dire sur la conscience. Pourtant, son révisionnisme a un prix : une fois que l'expérience est considérée comme fondamentale, l'image ordinaire de la matière devient instable, et avec elle, la confiance que la science seule peut clore le livre sur la mentalité. Pour certains, c'est une libération ; pour d'autres, c'est un retrait dans la spéculation métaphysique. Le rôle durable de Strawson est de forcer ce choix à se manifester. Même ceux qui rejettent sa conclusion doivent encore répondre à sa demande centrale : expliquer comment l'expérience pourrait un jour provenir de ce qui n'en avait pas.
