Patricia S. Churchland
1943 - Present
Patricia Churchland occupe une place cruciale dans le débat sur le problème difficile car elle représente une confiance en neurosciences qui n'est pas grossière mais méthodologiquement disciplinée. Son travail en neurophilosophie insiste sur le fait que de nombreuses énigmes philosophiques concernant l'esprit ne seront pas résolues en ajoutant un peu plus de spéculation, mais en prenant le cerveau au sérieux comme un organe biologique façonné par l'évolution, les blessures, le développement et la chimie. Cette posture confère à son écriture une clarté austère : elle ne traite pas la conscience comme un reste mystique, mais comme un phénomène qui devrait finalement céder à l'accumulation patiente des mécanismes par la science.
Ce qui motive Churchland n'est pas un simple réductionnisme mais plutôt une impatience face à la paresse conceptuelle. Elle a longtemps méfié de l'hypothèse selon laquelle les catégories introspectives sont métaphysiquement fondamentales, et cette méfiance donne à sa philosophie son tranchant. L'esprit, selon elle, n'est pas un théâtre intérieur sacré dont le mobilier doit être préservé à tout prix. C'est un système de contrôle évolué, et les catégories que nous héritons du bon sens peuvent être mal adaptées à son fonctionnement réel. En ce sens, elle appartient à une tradition qui voit la science comme révisionniste : ce qui nous semble évident peut n'être que le résidu historique de l'ignorance. Ses justifications sont souvent pragmatiques et anti-romantiques. Si un concept ne fait aucun travail explicatif, ou s'il masque l'ignorance en l'habillant de profondeur, alors il doit être traité avec suspicion.
Mais cette force produit également sa contradiction centrale. Publiquement, elle apparaît comme une sceptique disciplinée face à l'inflation philosophique ; en privé, ou du moins dans la texture de ses engagements, elle dépend d'une foi très forte que les neurosciences continueront d'avancer suffisamment pour justifier sa confiance. Le problème difficile n'est pas tant nié qu'il est différé dans l'avenir du succès empirique. C'est un pari intellectuellement respectable, mais c'est tout de même un pari. Sa position nécessite de croire que les lacunes explicatives actuelles sont temporaires plutôt que structurelles. Si cette foi s'avère juste, elle apparaîtra comme prémonitoire ; sinon, sa confiance pourrait être perçue comme une exagération.
La biographie de Churchland est également marquée par un certain style moral. Elle a souvent semblé être quelqu'un d'allergique à la consolation, même lorsqu'elle aborde des sujets que la plupart des gens traitent avec un sérieux existentiel. Ce refus de confort l'a rendue redoutable, mais aussi coûteuse. Pour ses admirateurs, elle protège la philosophie de la dérive vers la mystification verbale. Pour ses critiques, elle risque de réduire la richesse de l'expérience vécue à une comptabilité neuronale. Dans tous les cas, la conséquence de son approche est indéniable : elle renvoie le fardeau de la preuve à quiconque souhaite que la conscience soit traitée comme fondamentalement exemptée de la biologie.
Le coût de cette position n'est pas seulement supporté par ses opposants. Cela peut rendre le monde moins enchanté, moins souverain intérieurement, et moins hospitalier aux intuitions ordinaires sur le soi. Pourtant, ce coût fait partie de son argument. Si les neurosciences parviennent finalement à rendre l'esprit intelligible en termes biologiques, le scepticisme de Churchland semblera être un acte de courage intellectuel. Si ce n'est pas le cas, alors la lacune explicative qu'elle a cherché à réduire restera, obstinément humaine, comme un rappel que le naturalisme discipliné peut encore laisser quelque chose de profondément non résolu.
