Plutarch
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Plutarque se dresse comme l'un des critiques antiques les plus acérés d'Épicure, non seulement parce qu'il n'était pas d'accord avec lui, mais parce qu'il comprenait l'attrait psychologique de l'épicurisme et craignait ses conséquences morales. Platonicien imprégné du langage de la providence divine, du devoir civique et de l'appel ascendant de l'âme, il considérait la philosophie non pas seulement comme une thérapie privée, mais comme une force qui façonnait le caractère des cités et la texture de la vie publique. Pour Plutarque, Épicure ne faisait pas simplement une erreur technique concernant les atomes, le plaisir et les dieux ; il menaçait l'échafaudage qui tenait ensemble la vie éthique. Si l'univers est indifférent, si les dieux ne le guident pas, et si la mort met fin à toute responsabilité, alors la gravité morale devient plus facile à rejeter comme une convention, une peur ou une habitude.
Ce qui motive l'hostilité de Plutarque est indissociable de ce qu'il pense être le but de la philosophie. Il veut que la philosophie élève, lie l'individu à un ordre plus vaste, et fasse de la vertu une participation à quelque chose de réel et de sacré. Cela aide à expliquer pourquoi il attaque l'épicurisme avec tant d'insistance : il y voit un retrait séduisant de la responsabilité, une doctrine qui rassure l'individu tout en dissolvant les obligations qui s'étendent au-delà du plaisir et de la douleur. Sa critique d'Épicure n'est donc pas seulement théologique ; elle est sociale et psychologique. Il craint que si la peur de la punition et la vénération du divin sont complètement éliminées, alors la justice ne repose que sur des calculs privés fragiles. En ce sens, Plutarque défend un monde moral dans lequel la conscience n'est pas une invention de convenance.
Pourtant, Plutarque est aussi une étude intéressante en contradiction. Publiquement, il se présente comme un défenseur de la piété, de la modération et de la santé civique, mais ses écrits révèlent à quel point il s'appuie profondément sur la force polémique, la pression rhétorique et la dramatisation morale. Il n'est pas un observateur impartial d'Épicure ; il est un avocat essayant de préserver un ordre menacé. Ses arguments anti-épicuriens exposent souvent autant ses propres angoisses que les enseignements d'Épicure. Il semble nécessiter un cosmos qui récompense la vertu, car sans cela, il craint que les êtres humains ne soient laissés trop seuls avec l'appétit, l'intérêt personnel et la mortalité. L'intensité de ses objections suggère que l'épicurisme ne lui semblait pas simplement erroné ; il lui semblait dangereusement plausible.
Le coût de ce combat était intellectuel autant que culturel. Plutarque a contribué à fixer Épicure dans l'imaginaire ultérieur comme un penseur du retrait, de la gratification et du scepticisme anti-religieux, même lorsque cette image simplifiait le côté plus discipliné et austère de l'éthique épicurienne. Pour les lecteurs façonnés par Plutarque, Épicure pouvait apparaître moins comme un philosophe du calme que comme un démolisseur de l'architecture morale héritée. En même temps, la propre vision morale de Plutarque dépend d'un monde plus riche en signification divine et civique que ce que beaucoup de ses contemporains auraient pu soutenir. Il a lutté pour préserver un cosmos avec de la place pour la vénération, mais ce combat révèle aussi à quel point un tel cosmos était devenu fragile.
