R. M. Hare
1919 - 2002
R. M. Hare importait pour Peter Singer moins en tant que maître à imiter qu'en tant que philosophe qui fournissait la discipline que Singer conserverait même lorsqu'il dépasserait le style local d'Oxford. La préoccupation centrale de Hare était la logique du langage moral : ce que nous faisons lorsque nous disons que quelqu'un devrait agir, et ce qui suit si les jugements moraux sont véritablement universels. Sous la surface analytique froide se cachait un homme animé par une demande puissante d'ordre. Hare se méfiait de l'émotivisme moral, du relativisme décontracté et de la suspicion réconfortante selon laquelle l'éthique pourrait être laissée au sentiment. Il voulait une forme de raisonnement moral qui ne puisse pas être déformée pour favoriser la tribu, la classe ou la commodité de l'orateur.
Dans The Language of Morals et Freedom and Reason, Hare a développé le prescriptivisme universel, la vue selon laquelle les jugements moraux nous engagent à prescrire de manière cohérente à travers des cas pertinents similaires. Ce n'était pas simplement une thèse technique. C'était la réponse de Hare à une anxiété plus profonde : si le langage moral ne nous lie pas même lorsqu'il est inconvenant, alors la moralité s'effondre dans la performance. Il considérait la cohérence comme une discipline morale en soi, presque un test d'intégrité. Singer a absorbé de cela l'idée profonde que le raisonnement moral ne peut pas être un langage privé d'exemptions. Si je juge un cas comme étant mauvais, je dois être prêt à juger des cas similaires de la même manière, peu importe que j'occupe ou non une position privilégiée dans ceux-ci.
L'utilitarisme de Hare n'était pas identique à celui de Singer, mais il a contribué à normaliser un style de pensée morale dans lequel la cohérence, l'orientation de l'action et l'universalité sont centrales. Ce style avait une dureté cachée. Il éliminait les évasions, mais il réduisait également l'espace pour le confort moral. L'attraction pour Singer est facile à voir : Hare offrait une méthode qui semblait rendre l'hypocrisie plus difficile. Le coût était que la vie morale risquait de devenir trop propre, trop formelle, trop confiante que, une fois qu'un principe avait été universalisé, on avait réellement compris les dommages humains qu'il produirait ou préviendrait.
La personnalité de Hare en tant que philosophe semble marquée par une tension entre abstraction et sérieux moral. Publiquement, il représentait la rigueur, la neutralité et la discipline argumentative. En privé, cette même discipline pouvait devenir un moyen d'éviter les revendications plus désordonnées du pouvoir, de l'histoire et de la souffrance incarnée que d'autres penseurs insistaient à placer au centre de l'éthique. Il n'était pas indifférent à la vie pratique, mais il restait plus intéressé par ce que signifient les déclarations morales que par ce que les institutions font aux gens. Ce choix avait des conséquences : il rendait son travail propre, influent et enseignable, mais cela signifiait également que la souffrance des personnes réelles pouvait apparaître comme une entrée dans la théorie plutôt que comme une réalité déstabilisante exigeant une réponse politique.
Les premiers arguments utilitaristes de Singer héritent de la structure de Hare, même s'il les pousse vers des applications plus concrètes et urgentes. La tension intéressante dans l'influence de Hare est qu'il a fourni un moteur formel sans déterminer pleinement la destination de Singer. Singer a tourné le moteur vers la famine, les animaux et la bioéthique. Hare est resté plus un théoricien de la logique morale qu'un militant pour la réforme pratique du monde. En ce sens, Singer est l'un des exemples les plus visibles de ce qui se passe lorsque l'analyse d'Oxford quitte la pièce et entre dans la vie publique.
L'héritage de Hare dans cette histoire est fondamental mais indirect : il a fourni l'une des routes les plus claires du langage moral à l'impartialité morale, et Singer a emprunté cette route plus loin que Hare lui-même ne l'avait prévu. Le résultat est une lignée philosophique avec un prix moral : la clarté acquise au détriment de l'innocence, et une exigence de cohérence qui peut exposer non seulement la faiblesse de nos excuses mais aussi les limites de la théorie qui les élimine.
