Xenophon
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Xénophon est souvent considéré comme le témoin plus direct de Socrate, bien que cette simplicité soit en partie une illusion. Il était soldat, historien, propriétaire terrien et écrivain dont la relation à la philosophie était moins spéculative que celle de Platon, mais ses œuvres socratiques comptent parce qu'elles préservent un ton différent : pratique, pieux et moralement rassurant. Dans les Mémorables, l'Apologie et le Banquet, Socrate apparaît comme un homme qui n'est pas subversif au sens brut, mais plutôt utile à la cité, maître de lui-même et soucieux de la conduite éthique. Xénophon ne présente pas la philosophie comme un domaine de questionnement métaphysique radical, mais plutôt comme une éducation sur la manière de vivre sans honte, désordre ou embarras politique.
Ce choix révèle quelque chose d'important sur Xénophon lui-même. Il semble animé par un profond respect pour la hiérarchie, la discipline et la décence visible. Il ne se contentait pas d'enregistrer Socrate ; il le sauvait de l'accusation selon laquelle un philosophe est nécessairement dangereux. La défense de Xénophon repose sur la conviction que la vertu doit être lisible dans la conduite ordinaire : maîtrise du désir, modération dans le discours, vénération des dieux, utilité dans la vie civique et compétence pratique. Cela était probablement plus qu'une stratégie littéraire. Xénophon avait vécu l'instabilité, l'exil, les campagnes militaires et l'effondrement des certitudes civiques. Un Socrate qui pouvait être défendu comme moralement stable et socialement productif répondait à un besoin personnel aussi bien qu'intellectuel. Il voulait un enseignant capable de survivre à l'examen politique.
Pourtant, cela fait de Xénophon un témoin psychologiquement révélateur. Il n'est pas neutre ; il est sélectif, et cette sélection est en elle-même une sorte d'autoportrait. Là où Platon met souvent l'accent sur l'ironie dialectique et la profondeur métaphysique, Xénophon souligne l'utilité et la modération. Cette différence n'est pas triviale. Elle suggère que Socrate pourrait être lu comme un moraliste public plutôt que comme un proto-mystique des Idées. Pour les historiens, Xénophon est inestimable car il complique l'identification facile de Socrate avec les ambitions philosophiques de Platon. Il montre un Socrate qui peut être admiré par des soldats, des gestionnaires de foyer et des moralistes conservateurs — des personnes qui ont peut-être trouvé la version de Platon trop troublante, trop intellectuellement raffinée ou trop détachée des obligations ordinaires.
En même temps, le Socrate de Xénophon peut sembler plus mince que celui de Platon car il est plus manifestement apologétique. Il veut défendre son maître contre les accusations d'impiété et de corruption, et il souligne donc la sagesse pratique et la décence civique de Socrate. Le résultat est un portrait qui peut être plus proche à certains égards de l'expérience athénienne quotidienne, mais moins philosophiquement pénétrant. Il y a aussi un coût dans ce rétrécissement. En adoucissant les traits plus abrasifs de Socrate, Xénophon contribue à le rendre acceptable, mais l'acceptation peut devenir une forme de domestication. Un penseur qui remet en question la complaisance risque d'être reconditionné en une encyclopédie des bonnes manières.
Cette tension va au-delà du style littéraire. La propre persona publique de Xénophon était celle du gentleman discipliné et de l'homme d'action capable ; son écriture renforce souvent cette identité. Mais le besoin même de défendre Socrate suggère une anxiété concernant la réputation, l'appartenance et la fragilité de l'autorité morale dans l'Athènes démocratique. Il semble avoir craint que la philosophie, laissée sans protection, soit confondue avec l'oisiveté ou l'impiété. Sa réponse a été de lier la sagesse à l'utilité. La conséquence est à double tranchant : il préserve une précieuse contre-mémoire de Socrate, mais il participe également à un processus qui transforme un philosophe difficile en un exemple plus sûr. Les contradictions de Xénophon sont celles d'un témoin qui est aussi un défenseur. Il veut sauver Socrate du scandale sans perdre la force morale de son exemple. Pour le sujet de Socrate, cette tension est cruciale : elle nous rappelle que chaque portrait du philosophe est déjà une interprétation, et que sa postérité a été façonnée dès le début par des besoins concurrents.
