Aucun argument philosophique célèbre ne reste incontesté longtemps, et l'argument du cerveau dans un vat de Putnam a été attaqué presque dès qu'il a été admiré. La première ligne de critique cible sa machinerie sémantique. Si l'argument dépend d'une théorie causale de la référence, que se passe-t-il dans les cas où la référence semble être fixée de manière plus lâche, par description, rôle inferentiel ou pratique communautaire ? De nombreux philosophes ont pensé que Putnam s'était trop engagé dans une théorie controversée du sens pour vaincre un sceptique qui n'a peut-être pas besoin d'accepter cette théorie du tout.
Une objection connexe dit que la phrase du vat n'a pas besoin d'être prononcée par un habitant du vat depuis toute sa vie. Un sujet qui a vécu dans le monde réel pendant une partie de sa vie et qui devient ensuite un cerveau dans un vat pourrait encore référer sincèrement à de vrais cerveaux et à de vrais vats. Dans cette lecture, l'argument de Putnam ne touche que le cas des "envattés depuis la naissance", laissant d'autres possibilités sceptiques plus familières intactes. C'est une limitation sérieuse, car la tradition sceptique se soucie souvent moins d'un cadre biographique précis que de savoir si nos preuves présentes garantissent le monde extérieur.
Un autre point de pression provient de la distinction entre dire et penser. Même si les mots "je suis un cerveau dans un vat" échouent à référer comme prévu, le sujet ne peut-il pas encore penser la pensée sceptique ? Certains critiques soutiennent que l'argument de Putnam peut perturber l'expression linguistique sans toucher à l'inquiétude épistémique sous-jacente. Un esprit peut être piégé dans une erreur systématique même si son langage ne peut pas rendre compte parfaitement du piège. C'est un défi aigu, car le projet du sceptique n'était jamais seulement linguistique. Il s'agissait de savoir si nos croyances sont redevables à une réalité au-delà des apparences.
Le contre-courant philosophique le plus célèbre est représenté par le revivalisme du scepticisme dans l'œuvre de Robert Nozick, dont le compte rendu "tracking" de la connaissance dans Philosophical Explanations a tenté de saisir ce qu'il faudrait pour qu'une croyance compte comme connaissance à travers des possibilités voisines. Nozick a accepté que le monde et notre relation à celui-ci comptent, mais il a résisté à la confiance de Putnam selon laquelle l'externalisme sémantique seul pourrait neutraliser les hypothèses sceptiques. Selon une vue de tracking, on pourrait ne pas savoir qu'on n'est pas un cerveau dans un vat parce que la croyance ne suit pas la vérité à travers des situations contrefactuelles pertinentes, même si la phrase a des problèmes de référence.
Un deuxième grand débat concerne la question de savoir si l'argument du vat est trop astucieux de moitié. Si le sceptique propose un monde dans lequel les mots et les pensées d'un sujet sont systématiquement trompés, alors peut-être que le sceptique peut simplement stipuler que les termes du sujet réfèrent de la manière prévue malgré la tromperie. Mais cette réponse peut ressembler à une stipulation de la chose même en jeu. Les défenseurs de Putnam insistent sur le fait que la référence ne peut pas être conjurée par un fiat philosophique ; elle découle de relations que l'image sceptique a déjà rompues. Pourtant, la frustration du critique est compréhensible : l'argument peut sembler gagner en changeant les règles en cours de jeu.
Il existe également une tension plus profonde concernant le réalisme. Putnam voulait éviter à la fois l'absolutisme métaphysique et le relativisme radical. Mais certains lecteurs craignaient que sa manœuvre anti-sceptique ne fasse passer en contrebande une vue instrumentale de la vérité. Si la référence dépend de l'usage et de l'environnement, la vérité devient-elle trop locale, trop liée à la pratique ? Putnam a répété qu'il résistait à cette interprétation, mais la préoccupation demeure que, une fois le rôle du monde dans le sens souligné, la vérité elle-même peut apparaître moins comme correspondance et plus comme une réalisation au sein des formes de vie.
Le scénario lui-même invite également à des objections scientifiques et technologiques. Un cerveau dans un vat peut être physiquement peu plausible, mais les sceptiques notent à juste titre que la force d'une expérience de pensée ne dépend pas de sa probabilité pratique. Le démon maléfique de Descartes n'était pas destiné à être une proposition de laboratoire. Le vat est censé révéler une possibilité logique. Si tel est le cas, alors le fait que les neurosciences ou l'ingénierie ne puissent pas encore construire un tel système ne fait pas beaucoup de travail philosophique. C'est une des raisons pour lesquelles l'image persiste : elle peut survivre à la réfutation de son matériel.
Une critique étonnamment féconde vient de la philosophie du langage ordinaire. Si nos mots dépendent de l'usage dans des pratiques publiques, alors un cerveau totalement isolé peut ne pas avoir un langage assez riche pour formuler l'hypothèse sceptique. Mais alors le sceptique pourrait répondre que le scénario ne concerne pas la compétence linguistique réelle ; il s'agit de savoir s'il existe un monde externe correspondant à nos apparences. Le débat devient instable car la même image remplit deux fonctions à la fois : elle est un modèle de tromperie et un test de théorie sémantique.
La tension la plus sévère est existentielle. Si Putnam a raison dans un sens strict, alors la peur même d'être un cerveau dans un vat peut être en partie incohérente. Mais cela ne fait pas disparaître la peur. Les êtres humains peuvent être hantés par des problèmes dont l'articulation complète les défait. L'attrait du scénario réside précisément dans cet écart entre ce qui peut être pensé et ce qui peut être dit de manière sécurisée. La victoire philosophique ici n'est pas la même que la réassurance psychologique.
Ainsi, le feu dans lequel l'argument est testé ne laisse pas un résidu simple. Certaines des affirmations de Putnam semblent trop fortes, d'autres trop ingénieuses pour être écartées. Le sceptique survit sous une forme altérée, non plus comme un démon naïf du doute mais comme une pression sur les théories de la référence, de la dépendance contrefactuelle et du réalisme du monde externe. Le vat peut ne pas être une réfutation finale de la connaissance, mais il reste une machine remarquablement efficace pour révéler où une théorie philosophique a caché ses hypothèses.
