Le cynisme est né dans une Grèce qui avait perdu la simplicité que ses admirateurs ultérieurs imaginaient qu'elle possédait. La cité classique était un lieu d'honneur public, de lignée, de rhétorique et de loi, mais aussi de fracture : guerre, faction, richesse, pauvreté, ambition impériale et effondrement des anciennes certitudes. Au IVe siècle avant notre ère, la polis était encore la scène sur laquelle les Grecs cherchaient l'excellence, mais il n'était plus évident que le succès civique et l'épanouissement humain étaient la même chose. Dans ce contexte, toute philosophie qui commençait par se moquer du prestige ne faisait pas que se montrer difficile ; elle répondait à une crise.
Le vocabulaire moral standard de la cité supposait qu'une bonne vie serait lisible par les autres. On était connu par la propriété, la citoyenneté, le nom de famille, le triomphe athlétique, le discours dans l'assemblée et la mémoire publique de ses actes. Le refus cynique de ces biens frappait donc à l'encontre de la culture. Si l'honneur est accordé par les autres, que devient la liberté lorsque les autres sont futiles, corrompus ou manipulateurs ? Si la convention est ce qui unit la cité, que se passe-t-il si la convention fabrique également dépendance et peur ? Ce n'étaient pas des énigmes abstraites. Ce étaient des questions vécues dans un monde où les sophistes pouvaient enseigner des apparences persuasives, où les philosophes rivalisaient pour attirer des étudiants, et où la distinction entre sagesse authentique et sagesse contrefaite était devenue urgente.
Le mouvement cynique est généralement associé en premier lieu à Antisthène, un élève de Socrate, bien que la tradition ultérieure traite souvent Diogène de Sinope comme l'incarnation décisive du style. Antisthène avait déjà contesté le vernis social d'Athènes, mais le mouvement n'a acquis sa forme inoubliable que lorsque une attitude philosophique a été transformée en une expérience publique de vie. Ici, le seuil historique est important : le cynisme n'est pas né comme une doctrine écrite dans un seul traité, mais comme une manière d'utiliser le corps, le désir et la honte eux-mêmes comme instruments philosophiques. Cela le rendait visible, embarrassant et difficile à ignorer.
Socrate est le prédécesseur indispensable car il avait déjà démontré que la philosophie pouvait vivre dans les rues plutôt que dans les écoles. Il avait rendu l'examen de la vie plus important que la réputation, et il avait montré que l'homme sage pouvait sembler ridicule aux yeux de la foule. Les cyniques ont pris cette possibilité et l'ont durcie en une éthique de l'autosuffisance délibérée. Ils ont hérité de Socrate le refus d'assimiler la sagesse à l'expertise technique ou à un poste politique ; ils ont hérité de son ironie, de sa pauvreté et de sa méfiance envers le succès conventionnel. Mais là où Socrate restait engagé avec la cité par le dialogue et l'épreuve, le cynisme se dirigeait vers un renoncement ouvert, comme si la leçon de Socrate était que la bonne vie devait être isolée des applaudissements de la cité.
L'environnement intellectuel crucial incluait également Platon et les écoles philosophiques qui lui ont succédé. La République de Platon offrait l'une des reconstructions les plus grandioses de la justice, de l'ordre et de l'harmonie de l'âme ; la réponse cynique serait beaucoup plus maigre et beaucoup plus dure. Si Platon construisait une cité par la parole, les cyniques déconstruisaient l'idée selon laquelle une cité, telle qu'elle est traditionnellement comprise, pouvait définir la bonne vie. En même temps, les cyniques n'étaient pas de simples anti-intellectuels. Ils étaient profondément argumentatifs, et leurs attaques contre la coutume dépendaient d'une sensibilité aiguisée à ce que la coutume fait au désir. Le monde dans lequel ils entraient avait rendu les êtres humains affamés de reconnaissance, et les cyniques soupçonnaient que cette faim était un piège.
Un détail historique frappant aide à expliquer le ton du mouvement. Diogène, plus tard dit être venu de Sinope, était associé dans des anecdotes anciennes à l'exil et au déplacement. Que chaque détail de ces histoires soit factuel au sens moderne est moins important que le fait philosophique que l'exil est devenu emblématique de la compréhension de soi cynique. Le cynique est la personne qui n'a plus besoin de la cité pour le certifier. C'est pourquoi la tradition ultérieure aimait à l'imaginer dans un pot, sur le marché, ou devant Alexandre le Grand : le point n'était pas simplement un comportement étrange, mais l'inversion de la dépendance. Les rois ont besoin de sujets ; le cynique a besoin de peu.
Il y a ici une tension politique dès le départ. Le cynisme ressemble à un rejet de la politique, pourtant il naît d'une cité en crise et parle constamment en termes politiques : citoyenneté, loi, nature, liberté, esclavage, empire et rang. Son mouvement radical n'est pas d'abandonner le domaine public autant que d'exposer la fragilité des identités sociales sur lesquelles ce domaine dépend. Si un esclave peut être plus libre qu'un magistrat, si un mendiant peut être plus maître de soi qu'un noble, alors la cité a mal décrit la condition humaine. Cette inversion prouverait à la fois le pouvoir du mouvement et son scandale durable.
Les anciens ont préservé ce scandale dans des anecdotes plutôt que dans une doctrine systématisée parce que le cynisme lui-même semblait résister à une codification soignée. Pourtant, les anecdotes sont philosophiquement révélatrices. Un homme qui vit sur le marché, ou qui rejette une coupe après avoir vu un enfant boire de ses mains, ou qui demanderait soi-disant au souverain le plus puissant de s'écarter du soleil—ce ne sont pas simplement des contes colorés. Ils dramatisaient une question unique qui était devenue inévitable : que se passerait-il si les formes de la vie civilisée qui promettent la dignité sont aussi les choses mêmes qui nous rendent dociles ? La réponse, jusqu'à présent, n'avait été qu'entrevue. La tâche suivante était de l'énoncer clairement : que pensaient exactement les cyniques qu'ils faisaient en choisissant l'impudeur plutôt que la convention ?
Cette question mène du monde public anxieux d'Athènes au cœur même de la provocation cynique.
