Le pouvoir de Dennett provenait de sa capacité à déconstruire des hypothèses familières ; cette même méthode a fait de lui un aimant à objections. Sa carrière en tant que philosophe de l'esprit, encadrée par cette précision combative qui l'a rendu influent en premier lieu, a suscité des critiques précisément parce qu'il refusait de laisser subsister la moindre obscurité. La critique la plus persistante est que son explication des fonctions associées à la conscience omet la conscience elle-même. Dans la littérature, cela est souvent formulé à travers le « problème difficile » de la conscience associé à David Chalmers : même un compte rendu complet du traitement de l'information, disent les critiques, ne nous dit pas pourquoi il y a une expérience subjective.
La réponse de Dennett n'était pas de nier les données, mais de nier le cadre. Il pensait que le problème difficile était souvent un mystère difficile créé par une confusion conceptuelle, et non un reste métaphysique inévitable. Pour les critiques, cela ressemblait à une esquive ; pour lui, cela ressemblait à une thérapie. La tension est réelle. Si un côté dit « vous n'avez pas expliqué les qualia », et l'autre dit « les qualia sont une illusion de philosophe d'un genre spécial », alors le différend ne porte pas sur un fait manquant, mais sur ce qui compte comme un fait. C'est pourquoi ses débats n'étaient jamais de simples exercices académiques. Ils concernaient l'autorité de définir le problème lui-même.
Une première objection forte vient de philosophes qui pensent que la phénoménologie—le caractère ressenti de l'expérience—ne peut pas être capturée par des méthodes à la troisième personne. La célèbre question de Thomas Nagel sur ce que cela fait d'être une chauve-souris n'est pas une réfutation directe de Dennett, mais elle soulève la même inquiétude sous un autre angle : aucun compte rendu fonctionnel, aussi complet soit-il, ne semble garantir la dimension de première personne. L'hétérophénoménologie de Dennett tente de respecter les rapports de première personne sans les réifier, pourtant certains lecteurs restent convaincus que cela ne rend pas justice à l'immédiateté vécue. Les enjeux pratiques ici sont philosophiques, mais ils ne sont pas abstraits au sens étroit : si l'expérience de première personne est traitée comme une embarras théorique plutôt que comme un donné, alors les termes de l'explication ont déjà changé avant même que l'enquête ne commence.
Cette même inquiétude est apparue dans la manière dont les critiques ont reçu le style d'argumentation plus large de Dennett. Il n'était pas un incrementaliste. Il visait souvent à montrer qu'une image familière—un observateur intérieur central, une lueur spéciale de conscience, un théâtre privé où le soi apparaît à lui-même—était une image trompeuse générée par nos propres habitudes interprétatives. Le résultat était un corpus de travaux qui pouvait sembler vivifiant à un lecteur et désinvolte à un autre. Pour ceux qui croyaient que la conscience devait être abordée de l'intérieur, à travers une description patiente de l'expérience, le refus de Dennett d'accorder une perspective intérieure privilégiée semblait effacer la preuve même qu'elle était censée expliquer.
Une seconde objection concerne son traitement du soi. Si le soi est une construction narrative, demandent les critiques, qui est en train de narrer ? La vue de Dennett est qu'il n'y a pas un homoncule narrateur unique, mais seulement des processus distribués dont la coordination donne l'impression d'un auteur central. Mais la métaphore même de la gravité narrative peut sembler introduire un centre sous un autre nom. Le coût de la théorie est qu'elle remplace une personne intérieure vivante par un schéma abstrait, et beaucoup de gens estiment que ce schéma abstrait ne peut pas porter le poids moral et existentiel qu'ils souhaitent que le soi porte. Ce n'est pas une simple plainte technique. Dans la vie ordinaire, le soi est le point où la responsabilité, le remords, l'intention et l'identité semblent converger. Une théorie qui dissout ce point risque de sembler non seulement révisionniste mais aussi déchirante.
Une autre ligne de critique vient de penseurs influencés par la phénoménologie et la philosophie continentale, en particulier ceux qui s'inquiètent que Dennett traite la conscience comme si elle n'était qu'un objet parmi d'autres. Pour eux, le point n'est pas qu'il y a un fantôme dans la machine, mais que l'expérience est le champ dans lequel les objets apparaissent. Dennett répondrait que ce langage risque d'être poétiquement obscur ; ses opposants répliquent que sa clarté se paie au prix d'un aplatissement du phénomène. Le désaccord ne porte donc pas simplement sur le vocabulaire. Il porte sur la question de savoir si le succès explicatif à la troisième personne peut jamais être adéquat à ce qui se révèle à la première.
Le débat sur le libre arbitre est tout aussi chargé. Les compatibilistes louent Dennett pour avoir sauvé la responsabilité de l'inflation métaphysique, mais les libertariens pensent qu'il change de sujet. Si un choix est entièrement explicable en termes causaux, soutiennent-ils, alors le sentiment que l'on aurait pu agir autrement dans le sens le plus profond a disparu. La réponse de Dennett est que la seule liberté qui mérite d'être défendue est celle des agents qui peuvent délibérer, anticiper et répondre à des raisons. Pourtant, la force émotionnelle du point de vue contraire demeure : beaucoup de gens ne veulent pas seulement un sens utile de la liberté ; ils veulent être la source ultime de leurs actes. Ce désir confère à la question une gravité morale qu'aucune définition soignée ne peut facilement déplacer.
Il existe également une tension interne dans le style public de Dennett. Il écrivait souvent avec esprit, impatience et un goût pour la démolition. Cela rendait ses arguments mémorables, mais cela donnait également aux opposants des raisons de penser qu'il était trop rapide à identifier un mystère comme une erreur. Un philosophe qui veut expliquer les illusions peut parfois donner l'impression qu'il rejette la chose même qui rendait l'illusion convaincante en premier lieu. L'économie rhétorique de son écriture, surtout dans le débat public, pouvait faire en sorte que ses conclusions semblent plus définitives que ses preuves. Sa clarté était une vertu ; c'était aussi une provocation.
Une illustration concrète de cette tension apparaît dans les réponses à son travail sur la conscience de la part de neuroscientifiques et de psychologues qui trouvaient son modèle scientifiquement inspirant mais philosophiquement incomplet. Certains acceptaient que le cerveau n'ait pas de théâtre central et que la personnalité soit distribuée ; ils ressentaient néanmoins que la vie subjective, aussi organisée soit-elle, conservait une texture phénoménologique que Dennett ne pouvait pas caractériser adéquatement. Ainsi, ses alliés en science n'étaient pas toujours des alliés en métaphysique. La scission est importante car elle montre que la même image empirique peut générer des charges interprétatives différentes : un chercheur voit une utile déflation du mythe, un autre voit une théorie qui s'arrête juste avant ce qui a le plus besoin d'explication.
Ce qui rend la critique sérieuse, c'est que les propres normes de Dennett sont exigeantes. Il ne permet pas de résidu inexpliqué, et il refuse de laisser « cela se sent comme ça » mettre fin à l'enquête. Cette discipline est admirable, mais cela signifie qu'il doit répondre à chaque demande plausible d'explication par un compte rendu élaboré de fonction, d'évolution ou d'interprétation. Plus il réussit, plus il risque de sembler expliquer ce que les gens ont le plus besoin d'expliquer. C'est le paradoxe de sa méthode : plus la portée explicative est grande, plus le soupçon que quelque chose d'essentiel a été laissé de côté est grand.
Ce soupçon aide également à expliquer pourquoi Dennett pouvait être si polarisant dans le monde intellectuel plus large. Ses critiques n'avaient pas besoin de nier son intelligence ou son ingéniosité ; beaucoup croyaient simplement qu'il avait fixé les termes du débat d'une manière qui garantissait ses propres conclusions. Si la conscience est définie à l'avance comme ce que l'analyse fonctionnelle peut capturer, alors le reste semblera toujours être une erreur. Si, au contraire, la conscience est ce qui fait apparaître l'expérience de l'intérieur, alors toute théorie qui met de côté cette intériorité semblera toujours incomplète. Le désaccord est donc structurel, pas seulement personnel.
Le tournant surprenant est que les objections ne font pas simplement affaiblir sa position ; elles révèlent son ambition. Dennett n'offre pas une correction locale modeste à la théorie esprit-corps. Il essaie de réviser les termes sur lesquels le sujet est posé. S'il a tort, il a tort de manière significative. S'il a raison, alors une grande partie de la philosophie moderne de l'esprit a posé la mauvaise question. La force des critiques montre combien il y a en jeu dans ce pari : pas un concept disputé, mais toute l'architecture de la façon dont les esprits sont décrits, dont les soi sont imaginés, et dont l'explication est autorisée à progresser.
Le feu a mis à l'épreuve l'idée, et la prochaine question est ce qui en survit dans le monde intellectuel plus large. Cette influence survivante, plutôt qu'un verdict final, est ce qui donne à Dennett sa place dans la longue conversation.
