Le défi le plus direct à Nozick est simple : peut-être que notre refus de la machine prouve trop de choses. Les gens disent souvent qu'ils veulent la réalité, l'agence et l'authenticité, mais lorsqu'on les pousse, leurs jugements peuvent être instables, chargés culturellement, voire incohérents. Un hédoniste peut soutenir que l'expérience révèle simplement un attachement obstiné à des causes et des processus qui n'auraient pas d'importance si les expériences résultantes étaient véritablement optimales. Si une personne à l'intérieur de la machine est pleinement satisfaite, pourquoi privilégier un monde extérieur qui ne fait aucune différence expérientielle pour le sujet ?
Une réponse puissante vient des utilitaristes classiques et des hédonistes contemporains. Ils peuvent concéder que de nombreuses personnes ont des intuitions anti-machine, mais nier que l'intuition ait une autorité décisive. Après tout, les gens ont également des biais en faveur de l'effort visible, de la reconnaissance publique et du statut social. Le fait que nous tenions à « vraiment » accomplir des choses peut refléter une psychologie évoluée plutôt qu'une vérité profonde sur le bien-être. Dans cette perspective, Nozick n'a pas réfuté l'hédonisme ; il a exposé une préférence pour le fait externe sur la satisfaction interne qu'une théorie plus austère n'a pas besoin d'honorer.
Une autre critique remet en question si le cas isole véritablement le plaisir de tout le reste. Le refus de l'utilisateur peut dépendre de plus que de l'hédonisme. Peut-être que ce que nous rejetons n'est pas le plaisir mais la tromperie, la perte d'autonomie ou la pensée d'être coupé de la communauté humaine. Si tel est le cas, l'argument contre la machine ne montre pas en soi que le plaisir est insuffisant. Il montre seulement que nous tenons également à la vérité et au contrôle. C'est un point fort, mais il est plus étroit que ce que de nombreux lecteurs enthousiastes supposent.
Cette critique a du poids parce que la machine est sous-spécifiée de la manière qui rend les expériences de pensée philosophiques intéressantes et dangereuses. Si je sais que je vais être branché, je peux me soucier du fait que ma décision actuelle détermine un avenir que je ne peux pas réviser. Si je ne le sais pas, je peux me soucier d'être trompé. Mais si la machine est parfaitement conçue et que la transition est volontaire, alors l'objection restante doit concerner la qualité de la vie résultante elle-même. Les critiques demandent si Nozick n'a pas introduit des plaintes supplémentaires sous la bannière d'une seule intuition.
Une seconde tension plus profonde découle de la possibilité que notre refus de la machine reflète un biais évaluatif en faveur de l'action plutôt que de l'expérience, mais toutes les actions ne sont pas nobles. Une vie pleine de lutte, de perte et de frustration n'est pas automatiquement meilleure qu'une simulation heureuse. En effet, certaines vies de style machine pourraient être plus heureuses que de nombreuses vies réelles que nous chérissons. Un musicien qui souffre pendant des années peut préférer ses succès authentiques à une illusion sans effort, mais cette préférence n'est pas évidemment une preuve. Elle peut simplement révéler l'appétit humain pour le récit, l'effort et la reconnaissance. La machine demande si ces appétits suivent la valeur ou simplement l'habitude.
Il y a aussi une préoccupation morale pratique. Si les biens non expérientiels comptent, alors le monde devient moralement plus exigeant que ce que la machine suggère. Il ne suffit plus d'être heureux ; il faut réellement aimer, connaître, construire et contribuer. Cela augmente considérablement les enjeux pour la vie humaine, car cela condamne de nombreux arrangements confortables qui produisent du contentement sans accomplissement. La machine n'est donc pas seulement un test philosophique mais un reproche à la complaisance. Les critiques peuvent trouver cela admirable ou oppressant, mais ils ne peuvent pas l'ignorer.
La réponse philosophique la plus forte vient des théoriciens de la satisfaction des préférences. Si le désir réfléchi d'une personne est de ne pas entrer dans la machine, alors le refus peut être accommodé sans faire appel à des biens objectifs. Mais si une personne choisirait la machine après réflexion, la théorie considérerait cela comme meilleur pour elle. Cela permet au critique de préserver l'importance du choix et d'éviter de supposer que toutes les personnes partagent le même classement. Pourtant, cela rend également le bien-être otage des préférences qui survivent à l'idéalisation, ce que beaucoup trouvent trop mince pour expliquer la réalité ressentie de la déception, de l'amour et de l'ambition.
Deux objections concrètes aident à exposer les enjeux. D'abord, imaginez quelqu'un dont le désir le plus profond et le plus réfléchi est simplement d'avoir une séquence d'expériences plaisantes et rien de plus. Si cette personne choisit la machine, fait-elle une erreur, ou vit-elle simplement une valeur différente ? Ensuite, imaginez quelqu'un qui refuse la machine mais seulement parce qu'on lui a appris que les réalisations « réelles » sont socialement prestigieuses. Son refus est-il noble, ou simplement hérité ? Le cas de Nozick est puissant précisément parce qu'il ne résout pas ces questions. Il les force à se révéler.
La surprise, alors, est que la machine peut être moins une réfutation de l'hédonisme qu'un miroir pour les parties instables de notre propre image morale. Nous voulons dire que le plaisir compte beaucoup mais pas absolument ; que la réalité compte, mais peut-être pas à n'importe quel prix ; que l'autonomie compte, mais pas si cela mène à la misère. L'expérience de pensée comprime ces compromis jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus se cacher. Dans cette compression, elle teste non seulement une théorie mais aussi un tempérament.
Ce qui reste après le feu n'est pas un verdict tranché mais un champ clarifié. La machine survit à chaque contre-attaque parce qu'elle n'est pas une machine au sens ordinaire ; c'est un dispositif philosophique pour séparer des biens que nous confondons souvent. Ses critiques montrent que le cas ne réfute pas à lui seul l'hédonisme. Ses défenseurs répondent qu'il révèle néanmoins une intuition répandue et obstinée selon laquelle la réalité vécue compte indépendamment du ressenti. Cette tension non résolue est précisément la raison pour laquelle l'idée a continué à circuler.
