La revendication centrale du positivisme logique peut être énoncée de manière frappante : une phrase n'a de sens que si elle est soit logiquement vraie, comme les propositions de la logique et des mathématiques, soit empiriquement vérifiable en principe par l'expérience. Tout le reste, aussi vénérable ou inspirant soit-il, ne peut prétendre à une véritable cognition. Cette phrase, sous une forme ou une autre, est le cœur battant du mouvement.
Ce principe n'a pas été introduit comme une simple insulte à la métaphysique. Il était destiné à servir de critère de sens. Les positivistes pensaient que la philosophie avait été hantée par des pseudo-problèmes parce qu'elle avait échoué à demander ce qui rendrait une affirmation vraie ou fausse. Supposons que quelqu'un dise que l'Absolu est parfait, ou que l'Être lui-même se déploie dialectiquement, ou que le monde contient des essences non spatiotemporelles. Du point de vue positiviste, la première question n'est pas de savoir si de telles affirmations sont vraies ; c'est de savoir si elles disent quoi que ce soit de déterminé. Si aucune observation ne pouvait jamais les concerner, et aucune relation logique ne pouvait en être tirée, alors elles ne sont pas des revendications profondes mais des ombres verbales.
L'attrait de cette idée a été aiguisé par l'atmosphère intellectuelle dans laquelle le positivisme logique a pris forme. Dans les années 1920 et 1930, le mouvement associé au Cercle de Vienne ne s'est pas déroulé dans un vide, mais dans des salles de cours, des cafés, des revues et des couloirs universitaires où le statut de la science moderne était un sujet brûlant. Les philosophes ne débattaient pas d'abstractions dans l'abstrait ; ils débattaient de l'autorité de la physique, de la portée de la logique et des prétentions des anciens systèmes qui prétendaient parler de la réalité au-dessus de l'expérience. Les positivistes proposaient que le philosophe ne devrait pas rivaliser avec le scientifique pour décrire le monde, mais devrait surveiller la frontière entre le sens et le non-sens.
Un simple contraste montre l'attrait. Considérons une phrase scientifique : l'eau bout au niveau de la mer à environ 100 degrés Celsius sous pression atmosphérique standard. Ce n'est pas juste un bruit de mots ; cela prédit ce que les observateurs peuvent vérifier dans des conditions spécifiées. Ou prenons une vérité mathématique : si tous les mammifères sont des animaux et que toutes les baleines sont des mammifères, alors toutes les baleines sont des animaux. Aucun expérience n'est nécessaire, car la phrase est vraie par sa forme logique. Les positivistes voulaient que la philosophie vive dans ce monde à deux zones : l'empirique et l'analytique.
Leur critère importait parce qu'il promettait un moyen de trier ce qui appartient à la connaissance de ce qui semble simplement impressionnant. Une phrase pouvait être longue, technique et chargée de tradition et échouer néanmoins au test si elle ne se connectait pas, même en principe, à l'observation ou à la logique. Cette idée était particulièrement troublante lorsqu'elle était appliquée à des domaines longtemps considérés comme le plus haut discours humain. Les déclarations morales, les jugements esthétiques, la théologie et une grande partie de la métaphysique traditionnelle semblaient, à la lecture stricte, manquer de sens cognitif. Elles pouvaient exprimer des émotions, prescrire des conduites ou façonner la vie ; mais elles ne décriraient pas des faits. Le mouvement ne disait pas toujours que ces domaines étaient sans valeur. Au contraire, il leur refusait le statut de discours factuel. Cette distinction importait énormément, car elle déplaçait l'argumentation loin des images concurrentes de la réalité et vers les fonctions du langage.
Une illustration instructive vient du langage ordinaire. Si je dis : « La table est brune », on peut, du moins en principe, regarder et voir si c'est vrai. Si je dis : « La table a une essence invisible et immatérielle de tableness », le positiviste demande quelle différence d'observation cela fait. Si aucune ne peut être spécifiée, la phrase peut sembler explicative tout en n'expliquant rien. Un autre exemple est le langage religieux. Un croyant peut dire que Dieu est omnipotent, mais à moins que ces mots ne se connectent à une expérience possible ou à un système formel qui rend leur usage précis, la phrase reste en dehors de la sphère du sens empirique. Le mouvement croyait que ce n'était pas une réfutation de la religion mais un diagnostic de sa grammaire.
À cet égard, le positivisme logique n'était pas content de simplement rejeter les anciennes doctrines ; il cherchait à rééduquer les habitudes philosophiques. L'idée centrale invitait les penseurs à cesser de rechercher des substances cachées et à examiner plutôt le langage dans lequel les revendications sont formulées. Cette redirection était révolutionnaire. Au lieu d'essayer de décrire la réalité depuis un balcon métaphysique, la philosophie étudierait la structure du discours scientifique, la logique de la confirmation et les règles par lesquelles les termes obtiennent leur usage. Le philosophe devient, en effet, un clarificateur de la syntaxe et du protocole, non un physicien ou un théologien rival. Une phrase telle que « électron », « cause » ou « loi » devrait être comprise à travers les rôles qu'elle joue dans l'enquête, et non à travers des spéculations sur un domaine derrière l'expérience.
La tension dans la doctrine apparaît dès qu'on demande ce qui compte comme « en principe » vérifiable. Les positivistes avaient besoin de cette phrase, car une grande partie de la science procède par des hypothèses pas immédiatement vérifiées en laboratoire ou sur le terrain. Mais un critère suffisamment large pour inclure la science théorique risque de devenir plus permissif que ne le suggère le slogan original. Un critère trop étroit menace d'expulser non seulement la métaphysique mais aussi de grandes parties du discours historique et moral ordinaire. Cette difficulté n'était pas une note de bas de page incidente ; elle était intégrée à la doctrine depuis le début. Le mouvement voulait un rasoir suffisamment tranchant pour éliminer les pseudo-problèmes sans couper le langage de la science elle-même.
C'est là que la brillance austère du mouvement devient visible. En exigeant un critère de sens, les positivistes espéraient dissoudre non seulement de mauvaises réponses mais l'apparence de réponses là où aucune question n'avait été précisée. Un débat sur la question de savoir si l'univers a un but pourrait, selon leur point de vue, s'effondrer dans la confusion sur ce qui compterait comme preuve d'une telle affirmation. La puissance de la doctrine résidait dans sa capacité à percer un langage majestueux par une question apparemment simple : comment pourrions-nous jamais le savoir ? Cette question a redirigé toute la scène philosophique. Elle a déplacé l'attention des grands systèmes métaphysiques vers les conditions sous lesquelles les déclarations peuvent être vérifiées, confirmées ou montrées comme étant vides de contenu déterminé.
Vu sous cet angle, le positivisme logique était une discipline de nettoyage intellectuel. Il demandait aux philosophes de débarrasser le vieux mobilier du discours et d'identifier quels éléments étaient structurels et quels étaient simplement décoratifs. Le vieux vocabulaire des essences, des absolus et des entités transcendantes n'était pas nié un rôle émotionnel ; il était nié un statut probant. Ce qui restait était une image plus épurée de l'enquête dans laquelle la science et la logique occupaient le centre, et la philosophie servait de gardien analytique. C'était un réagencement radical de l'autorité intellectuelle, non pas parce qu'il proposait une théorie de plus sur l'univers, mais parce qu'il remettait en question le droit même de certaines phrases à prétendre qu'elles étaient des théories.
Et pourtant, la simplicité même qui rendait le principe attrayant le rendait également dangereux. Une règle suffisamment forte pour exclure la métaphysique peut également exclure l'éthique, l'esthétique, l'histoire et de grandes parties de la science si elle est énoncée trop rigidement. Cette pression forcerait les positivistes à affiner leur notion de vérification et à distinguer le sens de la certitude. L'idée était désormais sur la table ; le travail difficile consistait à voir si elle pouvait survivre au contact avec le langage réel et la science réelle.
