Le défi le plus célèbre à Mencius est venu de l'intérieur même de la conversation confucéenne et des États en guerre : Xunzi, qui a soutenu que la nature humaine est mauvaise, ou plus précisément, que la nature humaine est dominée par des désirs qui doivent être transformés par un effort délibéré. La critique de Xunzi est puissante car elle ne nie pas l'accomplissement moral ; elle nie que cet accomplissement puisse être attribué à des débuts spontanés. Selon lui, le rituel et l'éducation créent l'ordre en remodelant ce que la nature nous donne. Contre la confiance de Mencius dans les pousses, Xunzi voit un champ indiscipliné. La différence n'est pas seulement une question de ton, mais de diagnostic : Mencius part de la latence morale, Xunzi de la déficience morale.
Ce désaccord modifie toute la posture de la politique. Si Mencius a raison, alors un bon gouvernement devrait protéger et encourager ce que les gens ont déjà en germe. Si Xunzi a raison, le gouvernement doit façonner et contraindre de manière beaucoup plus agressive, car les matériaux sont initialement récalcitrants. Les deux positions génèrent des images distinctes de l'art de gouverner. Mencius pense en termes de plantation et de culture ; Xunzi pense en termes de redressement du bois, de polissage du métal et d'imposition de forme. Chacune saisit quelque chose que l'autre risque de négliger. Mencius peut sembler trop confiant dans ce qui est déjà là. Xunzi peut sembler accorder trop de confiance à la force, à la discipline et à la main corrective des institutions. Les enjeux sont pratiques autant que philosophiques : un souverain devrait-il gouverner principalement en préservant le sentiment moral ou en le fabriquant par le biais de cérémonies, de corrections et de lois ?
Une seconde critique concerne la plausibilité empirique. L'exemple de l'enfant près du puits est vivant, mais prouve-t-il l'innéité ou simplement un réflexe éduqué ? On pourrait dire que la compassion émerge parce que les êtres humains sont des créatures sociales formées dès l'enfance à répondre à la détresse. Le sentiment peut être commun, mais la communité n'est pas la même chose que la nature au sens fort dont Mencius a besoin. Des lecteurs ultérieurs, notamment en psychologie moderne, ont admiré Mencius précisément parce qu'il semble anticiper l'intuitionnisme moral ; les critiques répondent qu'il pourrait simplement remarquer les effets de la socialisation précoce. L'exemple conserve sa force car il capture une réponse humaine d'un instant, mais son poids probant reste contesté : ce que l'enfant ressent à cet instant peut montrer une capacité morale, mais cela ne détermine pas à lui seul si cette capacité est originale, acquise, ou un mélange des deux.
Il y a aussi le problème de l'atrocité. Le récit de Mencius est élégant pour la vie morale ordinaire, mais peut-il expliquer la cruauté à grande échelle ? Le monde qui l'a produit n'était pas exempt de brutalité. Les campagnes militaires, la taxation punitive et les intrigues de cour n'étaient pas des anomalies. Si les êtres humains contiennent des pousses innées de bonté, pourquoi certaines sociétés semblent-elles si habiles à les écraser ? La réponse de Mencius est que les conditions comptent profondément. Mais cette réponse peut sembler à la fois éclairante et incomplète : éclairante car elle pointe vers les institutions ; incomplète car certaines formes de mal semblent délibérées, inventives et résistantes à une simple culture. Le paysage moral des États en guerre n'était pas un terrain d'épreuve doux. C'était un monde dans lequel les États rivalisaient par la violence, où les décisions politiques pouvaient signifier une souffrance de masse, et où même les arguments les plus humains devaient passer par des corridors de pouvoir épais de suspicion.
Cette pression historique est importante, car Mencius n'écrivait pas d'une distance sûre. Il tentait de persuader les souverains dans une période de fragmentation et de guerre que le gouvernement humain était encore politiquement possible. Sa méthode dépendait de l'admonition publique, de l'exemple moral et des appels à la conscience résiduelle. En ce sens, sa pensée est vulnérable à une question difficile : que se passe-t-il si le public est déjà trop endurci ? Un critique charitable dirait que Mencius place parfois trop d'espoir dans le fait que les souverains soient émus par la honte. Il essaie célèbrement de faire honte aux rois pour qu'ils agissent humainement, en supposant qu'ils conservent une certaine réactivité morale. Pourtant, l'histoire politique récompense souvent ceux qui sont les moins susceptibles à la honte, ou qui peuvent se masquer derrière la procédure. Le coût de la méthode de Mencius est qu'elle dépend des mêmes capacités qu'elle souhaite cultiver. Si le souverain n'a aucune décence résiduelle, l'argument peut échouer. Si le souverain est assez intelligent pour jouer la décence tout en poursuivant la domination, l'appel de Mencius à la conscience peut être détourné en une simple mise en scène.
La critique devient plus aiguë lorsque l'on se souvient combien de sa théorie politique dépend de la reconnaissance. Mencius suppose que lorsque un souverain voit la souffrance assez clairement, quelque chose en lui devrait répondre. Mais que se passe-t-il si cette vision est bloquée par la distance, l'idéologie ou l'isolation administrative ? Dans ce cas, la caractéristique la plus humaine de la théorie devient sa plus grande faiblesse. Elle demande aux dirigeants de répondre en tant qu'êtres humains avant qu'ils ne soient formés à répondre en tant qu'officiels. Pourtant, l'ordre officiel de l'État peut précisément être ce qui obscurcit l'être humain. Les enjeux ne sont donc pas abstraits. Ce qui peut être perdu n'est pas seulement l'élégance d'un philosophe, mais la chance de prévenir la souffrance avant qu'elle ne devienne normalisée par la routine gouvernementale.
Un autre point de pression réside dans sa dépendance aux relations graduées. L'extension de la préoccupation de Mencius au-delà des liens familiaux est psychologiquement plausible, mais elle soulève une question difficile : comment empêcher l'attachement de se durcir en exclusion ? Il propose une théorie de l'amour ordonné plutôt que de l'amour égal, et cette théorie a une grande élégance. Pourtant, elle peut être accusée de préserver la hiérarchie trop confortablement, surtout si des interprètes ultérieurs l'utilisent pour justifier la loyauté vers le bas et la déférence vers le haut sans assez de critique du pouvoir. Le danger ici n'est pas seulement théorique. Un langage moral construit sur la priorité relationnelle peut être utilisé pour excuser le parti pris, pour protéger le foyer au détriment des étrangers, ou pour sanctifier les arrangements existants sous le drapeau du sentiment naturel.
Cependant, ces objections ne réfutent pas simplement Mencius ; elles précisent ce que sa revendication peut signifier. Si la bonté est innée, elle reste vulnérable à la distorsion. Si la compassion est fondamentale, elle peut être rétrécie par la peur, le statut et la coutume. Si le rituel éduque le sentiment, il peut aussi s'ossifier en une performance vide. La théorie contient son propre avertissement : tout ce qui commence comme une culture peut devenir une conformité si séparé des racines vivantes qu'il était censé protéger. C'est une des raisons pour lesquelles Mencius reste difficile à écarter. Il n'est pas assez naïf pour imaginer que la bonté est indestructible, seulement assez optimiste pour croire qu'elle peut être endommagée et donc aussi restaurée.
La tension la plus profonde dans la vision mencienne réside là. Sa confiance en la bonté humaine rend la politique morale possible, mais elle expose aussi la politique à la déception lorsque la bonté ne se manifeste pas. Sa confiance dans l'éducation résiste au cynisme, pourtant sa propre méthode peut sembler optimiste face aux leçons plus dures de l'histoire. Le débat avec Xunzi, et avec les sceptiques ultérieurs, anciens et nouveaux, montre que la pensée de Mencius survit non pas parce qu'elle est facile à défendre, mais parce qu'elle maintient l'argument ouvert entre espoir et sévérité. Il insiste sur le fait que les êtres humains sont moralement abordables, même lorsque les preuves suggèrent à quel point ils sont souvent évités, altérés ou déformés par les circonstances.
À la fin de cette confrontation, l'idée a été mise à l'épreuve. Ce qui reste n'est pas une doctrine établie mais un problème durable : si l'être humain est mieux compris comme une créature à discipliner de l'extérieur ou comme une vie morale qui doit être mise au monde de l'intérieur. Le dernier chapitre suit ce problème dans l'histoire ultérieure, où la réponse de Mencius a continué à trouver de nouvelles utilisations et de nouveaux critiques.
