Au onzième siècle, les penseurs confucéens vivaient sous la pression de plusieurs directions à la fois. La dynastie Song avait hérité d'une vaste tradition classique, mais le prestige de cette tradition avait été érodé par la longue domination du bouddhisme et l'autorité continue de la cosmologie taoïste. L'érudition confucéenne avait survécu, mais elle semblait souvent mince à côté de la métaphysique élégante des écoles bouddhistes ou des visions totalisantes du canon taoïste. Le vieux langage éthique enseignait encore la piété filiale, la bienséance rituelle et le gouvernement humain, mais il semblait manquer d'un compte rendu complet sur pourquoi le monde lui-même était apte à être ordonné moralement.
C'était le problème sous-jacent. La question n'était pas simplement que les confucéens voulaient rivaliser avec le bouddhisme et le taoïsme ; c'était que le canon confucéen hérité, en particulier les Entretiens, le Mencius et les classiques rituels, parlait avec une grande autorité de la conduite et de la gouvernance tout en disant relativement peu sur la structure de la réalité. Si une personne demandait pourquoi l'auto-cultivation devait avoir de l'importance au-delà de la coutume sociale, ou pourquoi le rituel devait suivre plus que la convention héritée, la tradition ancienne donnait des réponses pratiques, mais pas une architecture métaphysique complète. Le néo-confucianisme est né lorsque des penseurs ont commencé à soupçonner que l'éthique sans ontologie resterait toujours vulnérable.
Le monde Song a aiguisé ce soupçon. L'imprimerie, de nouvelles formes d'échange savant et la culture bureaucratique de l'examen ont créé une classe de lettrés qui étaient censés maîtriser les classiques et conseiller l'État. Pourtant, le succès même du système d'examen encourageait également la récitation routinière plutôt que la compréhension réflexive. Le résultat était un climat intellectuel dans lequel les érudits pouvaient se sentir à la fois entourés de savoir et privés de sagesse. Un signe frappant de la nouvelle gravité est le célèbre groupe de moralistes du Nord Song qui considérait la tâche de l'érudition non pas comme un accomplissement littéraire seul, mais comme la récupération d'un mode de vie.
Une ouverture cruciale est venue de la question de ce qui, dans l'univers, rend possible l'ordre moral. Zhang Zai, par exemple, ne parlait pas comme si la vertu flottait au-dessus du monde ; il essayait de fonder l'humanité dans un cosmos de matière vitale, qi, dans lequel tous les êtres partageaient un corps continu. Zhou Dunyi, en revanche, a élaboré un diagramme cosmologique dans le Taijitu shuo qui reliait le Grand Ultime, le mouvement, le yin et le yang, et les cinq phases. Leur travail n'était pas encore un système achevé, mais il indiquait la direction à suivre : la vie éthique devait être lue dans le grain même de la réalité.
La conversation dans laquelle ils s'engageaient était intensément contestée. Le bouddhisme avait fourni des comptes rendus disciplinés de l'esprit, de la souffrance et de l'éveil ; le taoïsme avait longtemps offert des images de spontanéité, de non-coercition et de processus cosmologique. Les confucéens ne pouvaient pas simplement ignorer ces rivaux, car les élites éduquées les avaient lus, avaient discuté avec eux et parfois adopté leur vocabulaire. Pourtant, les confucéens craignaient également que le détachement du bouddhisme vis-à-vis de la famille et du bureau, ou la méfiance du taoïsme envers l'engagement mondain, ne dissolve les obligations publiques sur lesquelles reposait la vie politique chinoise. Le nouveau projet devait répondre à ces deux défis : comment préserver le sérieux moral sans devenir simplement ritualiste, et comment égaler les métaphysiques rivales sans abandonner les engagements confucéens.
C'est pourquoi le mouvement plus tard appelé néo-confucianisme n'était pas une simple restauration. C'était une reconstruction. Le terme lui-même est moderne et rétrospectif, mais les penseurs qui le soutenaient étaient engagés dans un travail audacieux de récupération et de redéfinition. Ils croyaient que les sages de l'antiquité avaient déjà saisi les vérités les plus profondes, mais que ces vérités devaient maintenant être réarticulées dans un monde façonné par le débat bouddhiste et l'enquête cosmologique. Le vieux texte devait redevenir un instrument de vision.
Une illustration vivante apparaît dans le contraste entre un manuel moral de cour et un traité cosmologique. Le manuel dit aux fonctionnaires de gouverner par la vertu, d'être attentifs au rituel et de prendre soin du peuple. Le traité demande quel type d'ordre rend ces vertus intelligibles en premier lieu. Le néo-confucianisme insistait sur le fait que ces tâches n'étaient pas séparées. Connaître la structure du monde était déjà commencer à apprendre comment devenir une personne décente ; cultiver le soi était participer à un schéma plus grand que le soi.
Cependant, il y avait une tension dès le départ. Si le principe moral est inscrit dans la réalité, alors l'échec ressemble moins à de l'ignorance qu'à un auto-aliénation. C'est un diagnostic sévère. Cela peut donner à la vie éthique un sentiment de noblesse, mais cela peut aussi la rendre impitoyable : si le cosmos est moralement structuré, alors le fardeau de s'y conformer pèse lourdement sur l'individu. Une philosophie qui voulait dignifier la vertu risquait de faire de l'erreur une trahison cosmique.
Une autre tension venait de la diversité des interlocuteurs. Les confucéens empruntaient suffisamment au bouddhisme pour devenir philosophiquement plus aigus, mais ils voulaient rester suffisamment confucéens pour rejeter le quietisme bouddhiste. Ils utilisaient la cosmologie pour expliquer la moralité, mais ils voulaient éviter de réduire la moralité à la physique. Ils construisaient un système qui promettait l'unité, mais cette unité menaçait d'effacer les distinctions mêmes sur lesquelles repose la conduite humaine.
Le seuil avait maintenant été franchi. Le vieux langage de la cultivation morale n'était plus seulement une éthique sociale ; il devenait une métaphysique du principe, li, et de l'esprit, xin. Ce qui restait était de dire exactement ce que cela signifiait, et pourquoi tant de savants en étaient venus à penser que c'était la réponse la plus sérieuse disponible.
