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ParmenideL'idée centrale
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6 min readChapter 2Europe

L'idée centrale

Le cœur du poème de Parménide réside dans une discipline de pensée saisissante. Dans les fragments survivants du texte, la déesse instruit l'auditeur qu'il n'existe que deux voies d'enquête dignes d'être considérées : celle de l'être, et celle du non-être. La première peut être poursuivie ; la seconde ne peut même pas être pensée sans échec. L'affirmation centrale n'est pas seulement que l'Être existe, mais que seul l'Être est intelligible. Le non-être ne peut servir d'objet véritable de pensée, de discours ou d'explication.

C'est pourquoi la célèbre ligne parménidienne, généralement interprétée comme l'affirmation que ce qui est ne peut pas ne pas être, est plus qu'un slogan métaphysique. C'est un argument sur les conditions d'intelligibilité. Si penser, c'est penser quelque chose, alors la pensée doit avoir un objet ; si parler, c'est parler de manière significative, les mots doivent s'accrocher à ce qui est. Le non-être, par définition, ne donne rien à la pensée à saisir. Ainsi, la tentative même d'expliquer le devenir, le passage ou l'altération en faisant appel à ce qui n'est pas s'effondre dans l'incohérence.

Une manière vivante de ressentir la force de cela est d'imaginer un sculpteur travaillant à partir d'un bloc de marbre. Nous disons que la statue a été faite à partir de la pierre, mais non à partir d'un néant absolu. Il y avait toujours déjà quelque chose là : marbre, forme, possibilité, travail. Parménide insiste sur ce confort ordinaire. Si nous disons que la statue n'était pas là avant et qu'elle est ensuite apparue, sommes-nous en train de faire passer une transition de rien à quelque chose ? Le concept d'émergence, pense-t-il, nous incite à parler au-delà de ce que la raison peut permettre. Une œuvre peut être transformée dans l'atelier, mais le langage même de la transformation présuppose toujours un substrat qui est. Les dieux de la description ordinaire nous permettent de parler de « avant » et « après » ; la déesse du poème refuse tout tel confort à moins que les termes puissent être maintenus sans contradiction.

Une seconde illustration est plus intime. Nous disons qu'une personne est malade puis qu'elle s'est rétablie. Mais si la maladie devient santé, qu'est-ce qui a exactement changé ? Si la personne n'était pas en bonne santé et qu'elle l'est ensuite, la santé découle-t-elle de son opposé ? Le défi de Parménide est que de telles descriptions reposent sur une profonde confiance dans des prédicats changeants tout en supposant un sujet stable en dessous d'eux. Cette confiance quotidienne peut être pratiquement indispensable, mais elle ne résout pas la question de ce qui est fondamentalement réel. Un médecin peut noter une amélioration au fil des jours et des semaines, mais la question philosophique est de savoir si le récit de l'amélioration dépend secrètement de ce qui ne peut être pensé : le passage de l'état de non-santé à celui de santé. Parménide refuse de laisser cette transition passer pour innocente.

La surprise est que cet argument ne commence pas du tout par l'observation empirique. Il commence par la logique, ou plutôt par quelque chose de proche de la logique avant que celle-ci ne devienne une discipline formelle. Parménide ne dit pas principalement que le changement se produit trop rapidement pour que nous puissions le voir. Il dit que le changement, lorsqu'il est analysé, est auto-contradictoire. C'est pourquoi sa position a eu une si longue postérité : elle attaque l'expérience non pas comme peu fiable mais comme conceptuellement confuse. Le poème fait donc quelque chose d'inhabituel même selon les normes de la pensée grecque ancienne. Au lieu de partir du cosmos visible, de la météo, du feu, de la respiration ou de la graine, il commence par une exigence rigoureusement contrainte sur la pensée elle-même. L'argument est un test pour savoir si le langage peut rester fidèle à ce qui est.

L'idée était puissante car elle inversait le fardeau de la preuve philosophique habituel. Au lieu de demander comment l'un devient multiple, ou comment la permanence survit au changement, Parménide demande comment quiconque peut jamais justifier de parler de devenir. Si le monde de la vie quotidienne est construit sur des distinctions entre avant et après, ici et là, ceci et pas ceci, alors le fardeau repose sur le défenseur du changement pour montrer que ces distinctions ne nécessitent pas la notion interdite de non-être. Sa pensée place le répertoire ordinaire d'explication sous suspicion. La naissance, la décadence, la croissance, le remplacement et la perte peuvent être des noms utiles pour l'expérience vécue, mais à moins qu'ils ne puissent être pensés sans invoquer secrètement ce qui n'est pas, ils restent instables en tant que récits de la réalité.

Au centre du poème se tient la déesse sans nom et souvent mal comprise qui guide l'initié. Elle n'annonce pas simplement une doctrine ; elle dramatise l'initiation à une nouvelle norme de jugement. Les mortels, dit-elle en substance, errent parce qu'ils font confiance aux sens et aux noms changeants attachés aux choses. Le penseur éclairé doit apprendre à s'accrocher à ce qui peut être dit et pensé sans contradiction. Ce n'est pas du scepticisme au sens moderne, car cela ne suspend pas le jugement sur tout. Cela réduit plutôt l'espace du jugement véritable à une austère possibilité : l'Être. Dans cette réduction réside à la fois la sévérité et la force du poème. Un monde entier de distinctions familières peut encore être rencontré, mais tout cela ne compte pas également comme vérité.

Deux images concrètes affinent le propos. D'abord, le monde des marées et de la météo : la mer semble agitée, le ciel change, les vents changent de direction. Mais si l'on considère ces changements comme la réalité ultime, on a accepté un domaine dans lequel ce qui est s'échappe toujours de lui-même. Deuxièmement, le monde de la mémoire : nos vies apparaissent comme des séquences, mais la mémoire dépend déjà d'une certaine identité stable à travers le temps. Parménide pousse vers la pensée troublante que ce qui est véritablement stable peut n'être que ce que la pensée peut tenir sans fracture. L'atmosphère du poème n'est donc pas abstraite dans le sens plat. Elle est construite à partir de scènes humaines familières — artisanat, maladie, météo, souvenir — mais elle les soumet à une norme si exigeante que chaque certitude ordinaire est contrainte de se justifier.

Il y a aussi une tension aiguë ici. Si seul l'Être est réel, alors la multiplicité familière du monde devient une apparence qui doit d'une manière ou d'une autre être expliquée sans invoquer le non-être. Pourtant, comment peut-on expliquer l'illusion elle-même si l'illusion n'est pas ? Cette pression hantera chaque tentative ultérieure de lire le poème. Peut-être que Parménide est un moniste strict ; peut-être fait-il principalement un point méthodologique sur la pensée ; peut-être expose-t-il les limites du langage. Mais dans tous les cas, l'idée centrale est maintenant sur la table : la réalité ne peut pas être aussi fragmentée et changeante que les sens le suggèrent. Les enjeux sont immenses car le poème ne critique pas simplement une opinion parmi d'autres. Il menace toute la grammaire par laquelle la vie ordinaire nomme la naissance et la mort, la présence et l'absence, l'arrivée et le départ.

Pour voir jusqu'où s'étend cette affirmation, il faut entrer dans l'architecture austère du poème. L'argument n'est pas terminé en nommant l'Être. Il doit maintenant montrer pourquoi l'Être ne peut être divisé, altéré ou diminué, et pourquoi le monde de l'apparence doit être cartographié comme un domaine séparé d'opinion. Ce que la déesse a ouvert n'est pas une réflexion métaphysique occasionnelle mais un tribunal sévère pour la pensée elle-même. Une fois la possibilité du non-être exclue, le reste de la structure du poème doit suivre avec une nécessité intransigeante.