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ScepticismeL'idée centrale
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6 min readChapter 2Europe

L'idée centrale

Le cœur du scepticisme n'est pas le slogan selon lequel « rien ne peut être connu », une phrase trop brutale pour rendre justice à la tradition. Son geste central est plus précis et plus discipliné : lorsque l'équilibre des raisons ne favorise pas de manière décisive une affirmation par rapport à une autre, la réponse rationnelle est la suspension du jugement, ou epochē. Ce n'est pas de l'ignorance prétendant être de la sagesse ; c'est une méthode de refus d'assentir là où les preuves sous-déterminent la croyance. Dans sa forme classique, le scepticisme est moins une doctrine qu'une forme de retenue intellectuelle, une règle pour gouverner l'esprit lorsque les affirmations avancent plus rapidement que la justification ne peut suivre.

Le sceptique ancien classique ne commence pas par affirmer une théorie de la réalité. Il commence par examiner les affirmations, les contre-affirmations et la force des impressions sur lesquelles elles reposent. Dans le récit de Sextus Empiricus, le scepticisme est une activité qui engendre une condition dans laquelle « rien n'est plus » le cas d'une manière que d'une autre — une force égale des deux côtés d'un différend. Le résultat n'est pas l'arrogance épistémique mais la tranquillité, ataraxia, car l'esprit cesse d'être ballotté par la nécessité de trancher ce qui ne peut pas encore être tranché. Cette immobilité n'est pas de la passivité. Elle est atteinte par une comparaison disciplinée, par le lent poids des apparences, des raisons et des contre-raisons jusqu'à ce qu'aucune des parties ne puisse honnêtement revendiquer la victoire.

Une illustration vivante provient des célèbres modes d'Aenesidème et plus tard des dix tropes associés à Agrippa. Différents animaux perçoivent différemment ; les humains ne s'accordent pas entre eux ; le même objet apparaît différent selon la distance, la lumière, la santé et les circonstances ; et chaque preuve semble nécessiter une preuve supplémentaire. Le point n'est pas que la perception et le raisonnement sont sans valeur. C'est qu'ils sont otages de la perspective, du contexte et de la régression. Un rayon de miel a un goût sucré pour une créature et peut-être amer pour une autre ; une tour semble ronde de loin et angulaire de près. Que pouvons-nous donc affirmer exactement sur la chose elle-même ? La réponse du sceptique n'est pas que rien n'existe, mais que le chemin de l'apparence à l'essence est bien plus précaire que ne l'admettent les dogmatiques.

Le tournant surprenant est que le scepticisme ne se termine pas dans le désespoir mais dans le soulagement. Si la demande de certitude absolue est ce qui maintient l'âme fiévreuse, alors la suspension peut être un acte émancipateur. Le sceptique n'est pas un nihiliste qui déclare le monde irréel ; il est quelqu'un qui résiste à la pression de convertir les apparences en possession métaphysique. Il peut dire : « Cela m'apparaît ainsi », sans sauter à « donc cela est ainsi en soi ». Dans cette distinction réside la discipline la plus profonde de la tradition : la capacité d'enregistrer l'expérience sans trop revendiquer en son nom.

Cette distinction est importante. Les sceptiques anciens ne niaient pas les apparences. Ils s'y appuyaient. La faim apparaît, la douleur apparaît, le danger apparaît, et un sceptique ne marche pas dans le feu pour prouver un point. Ce qu'il retient, c'est l'assentiment à l'affirmation selon laquelle son expérience livre la nature finale des choses. Il vit par phainomena, les apparences, tout en refusant de les couronner d'une interprétation dogmatique. C'est pourquoi le scepticisme est souvent mieux compris comme une attitude envers le jugement que comme une théorie du monde. C'est une méthode pour garder l'expérience disponible tout en empêchant qu'elle ne se fige prématurément en métaphysique.

La force de l'idée peut être vue dans le débat stoïcien sur l'impression kataleptique, l'impression prétendument si claire qu'elle garantit sa propre vérité. Le sceptique demande comment on distingue une telle impression d'une fausse mais vive. Un rêve peut être convaincant tant qu'il dure ; une perception trompeuse peut sembler indubitable. Si la certitude est définie par une simple force psychologique, alors le mensonge peut imiter la vérité. Si la certitude est définie par un critère supplémentaire, le sceptique demande le critère de ce critère. La pression est implacable, et c'est le point. Le sceptique ne soulève pas seulement des objections ; il expose la dépendance cachée intégrée dans chaque affirmation qui essaie de se présenter comme auto-validante.

Le pouvoir du scepticisme réside dans son refus de jouer un jeu que le dogmatique pense avoir déjà gagné. Il ne demande pas : « Pouvez-vous imaginer avoir tort ? » mais : « Qu'est-ce qui vous donne droit à un assentiment final ? » Cette question peut transformer un philosophe confiant en un philosophe prudent en un seul pas. Elle change également la couleur morale de l'enquête. On ne chasse plus des déclarations mais un refus responsable. C'est pourquoi la tradition est importante même là où ses batailles philosophiques originales ont reculé. Son idée centrale est un garde-fou contre la tendance humaine à confondre pression et preuve, confiance et garantie.

Le génie du sceptique ancien était de montrer que l'appétit de l'esprit pour la clôture peut dépasser sa garantie. Un diagnostic médical peut être probable sans être certain ; un jugement politique peut être prudent sans être infaillible ; un choix moral peut être urgent sans être garanti métaphysiquement. Le sceptique ne nie pas ces choses. Il refuse simplement la fantaisie selon laquelle la vie pratique exige le genre de certitude que seuls les dieux pourraient apprécier. Chaque vie sérieuse est pleine d'action dans l'incertitude, et le scepticisme donne à ce fait sa dignité propre. Il enseigne que le jugement peut être responsable même lorsqu'il n'est pas absolu.

Une seconde illustration provient de la délibération quotidienne. Supposons qu'un témoin rapporte un crime. Un autre témoin dit le contraire. Les preuves arrivent par fragments, les motifs sont flous, et la mémoire elle-même est peu fiable. La réponse du sceptique n'est pas que le tribunal devrait se clore. C'est que le jugement devrait suivre la force du dossier, non la faim de clôture. En ce sens, le scepticisme n'est pas anti-raison ; c'est la raison dans des conditions de finitude. Il comprend que des dossiers incomplets, des témoignages contradictoires et des souvenirs incertains ne sont pas des anomalies mais des caractéristiques permanentes de l'enquête humaine. La pression éthique est d'adapter la croyance au soutien, non de forcer un verdict parce que le retard est inconfortable.

C'est pourquoi cela a été si déstabilisant pour ses adversaires. Si le sceptique peut vivre par les apparences sans croyance, alors l'affirmation selon laquelle la croyance est nécessaire à l'action perd de sa force. S'il peut poursuivre la médecine, la navigation ou la conversation sans assentiment dogmatique, alors le monopole du dogmatique sur la vie rationnelle est brisé. L'idée centrale est donc à la fois modeste et radicale : ne pas consentir au-delà de ce que les preuves peuvent supporter. Sa modestie réside dans le fait qu'elle ne demande que de la discipline intellectuelle ; son radicalisme réside dans la façon dont elle dévalue le désir humain de finalité.

Une fois cette idée sur la table, cependant, elle doit être développée. Peut-on vraiment vivre uniquement par la suspension ? Le scepticisme peut-il être plus qu'un déblayage temporaire du terrain ? Le chapitre suivant est la réponse que la tradition a donnée : un système de techniques, de distinctions et de pratiques conçu pour rendre la vie non dogmatique possible.