The Philosophy ArchiveThe Philosophy Archive
Back to Écologie profonde
OriginaireNorwegian philosophy; environmental ethicsNorway

Arne Næss

1912 - 2009

Arne Næss est reconnu comme le philosophe indispensable de l'écologie profonde, mais ce titre peut obscurcir à quel point il était inquiet, exigeant et auto-inventé. Il n'a jamais été simplement un polémiste environnemental. Formé d'abord comme logicien, attiré plus tard par Spinoza, Gandhi, la phénoménologie et la solitude montagnarde, il considérait l'écologie moins comme un sujet que comme un test de la manière dont une personne devrait penser, parler et vivre. Ce qui le rendait inhabituel était sa capacité à passer de la précision technique à la provocation publique sans renoncer à la conviction que la philosophie devait changer les comportements, pas seulement les arguments.

Cet engagement était ancré dans le tempérament autant que dans la doctrine. Næss apparaît, à travers ses écrits et ses interviews, comme un homme qui se méfiait de la simplification mais aspirait également à une grande vision morale. La logique lui donnait de la discipline ; l'écologie lui donnait de l'échelle ; la non-violence lui offrait un langage pour la transformation de soi. Il n'est pas arrivé à l'écologie profonde en tant qu'extérieur attaquant les dommages environnementaux depuis un piédestal moral. Il l'a abordée comme quelqu'un essayant de résoudre un problème plus intime : comment justifier le souci d'autrui sans réduire soi-même à une abstraction creuse. Sa réponse était "écosophie", l'idée que la compréhension écologique, la réalisation de soi et la réflexion normative appartiennent ensemble. Dans ses mains, ce n'était pas un slogan mais une tentative de reconstruire le soi de sorte que le souci pour le monde plus-qu'humain semble être un élargissement plutôt qu'un sacrifice.

Sa distinction la plus célèbre, entre la pensée environnementale "superficielle" et "profonde", était également un diagnostic de la lâcheté intellectuelle. L'écologie superficielle, à son avis, gérait les symptômes tout en laissant intacte la supériorité humaine. L'écologie profonde posait la question de la valeur elle-même. La crise, soutenait-il, n'était pas seulement pratique mais conceptuelle : les humains s'étaient trompés en se prenant pour le centre de la valeur. Il a souligné ce point à plusieurs reprises dans des essais et des interviews à partir des années 1970, souvent avec la confiance d'un homme qui croyait que la clarté morale était en retard et que le compromis était devenu une forme d'évasion.

Pourtant, la même sévérité qui rendait sa pensée influente créait également ses angles morts. Næss pouvait sembler austère, voire sacerdotal, lorsqu'il décrivait la nécessité d'élargir l'identification avec la vie non humaine. Cette rhétorique rendait sa philosophie attrayante pour les activistes et les contemplatifs, mais elle invitait également à la critique. Certains entendaient en lui un appel à la dénégation de soi, au mysticisme romantique de la nature sauvage, ou une politique indifférente à l'inégalité humaine. Il était souvent mal compris, mais pas toujours de manière injuste : une philosophie qui demande aux gens de "connaître leur place" peut être inspirante dans un registre et éthiquement évasive dans un autre, surtout lorsque la justice sociale est traitée comme secondaire par rapport à la perspective cosmique.

La tension dans la carrière de Næss est qu'un penseur engagé envers l'humilité est devenu le visage public d'un programme moral vaste et exigeant. Il voulait moins d'ego, et pourtant il est devenu une autorité symbolique ; il rejetait la domination, et pourtant son langage pouvait dominer une conversation ; il prêchait l'identification avec toute vie, et pourtant le fardeau de la conversion pesait souvent de manière inégale sur les autres. L'écologie profonde, entre ses mains, était à la fois modeste et révolutionnaire : modeste parce qu'elle insistait sur le fait que les humains n'étaient qu'un fil dans une toile plus grande, révolutionnaire parce qu'elle remettait en question la grammaire morale de la civilisation industrielle. Cet accomplissement a eu un coût — pour les critiques qui estimaient que leurs urgences politiques étaient minimisées, et pour Næss lui-même, qui a passé sa longue vie à essayer de garder la philosophie suffisamment pure pour guider l'action tout en ne parvenant jamais tout à fait à échapper à la suspicion que la pureté elle-même était le problème.

Philosophies