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OriginaireUniversity of Chicago; philosophy, classics, lawUnited States

Martha C. Nussbaum

1947 - Present

La question philosophique centrale de Martha Nussbaum a toujours été trompeusement simple : que signifierait construire une théorie de la justice et de l'épanouissement qui ne mente pas sur la vulnérabilité humaine ? Cette question relie son travail sur la tragédie grecque, Aristote, l'émotion, le handicap, le féminisme, le développement et le droit. Elle est l'une des rares philosophes contemporains dont les arguments passent aisément de la salle de séminaire aux politiques publiques sans perdre de rigueur conceptuelle.

Pour la comprendre, cependant, il faut voir que la question n'est pas seulement théorique. Elle est personnelle, presque anxieuse. L'écriture de Nussbaum revient encore et encore au fait que les êtres humains peuvent être déraillés par la maladie, la dépendance, le vieillissement, le chagrin, le mépris social et la simple malchance. Sa philosophie ressemble, en partie, à une tentative de discipliner la peur : nommer la fragilité honnêtement, puis construire des institutions suffisamment solides pour l'abriter. Elle ne romantise pas la souffrance, mais elle refuse la fantaisie selon laquelle la dignité dépend de l'invulnérabilité. Cette conviction donne à son travail sa force morale, mais elle expose également un tempérament profondément méfiant à l'égard de la sentimentalité, de la coercition et des consolations faciles de la justice abstraite.

Son accomplissement est d'avoir fusionné plusieurs fils qui avaient souvent été tenus à l'écart. D'Aristote, elle a tiré l'idée que l'éthique concerne l'épanouissement, et non simplement l'obligation. De la tragédie, elle a retenu l'idée que l'excellence ne supprime pas la fragilité. De la pensée féministe, elle a appris que l'égalité formelle peut coexister avec la subordination réelle. De Sen et des débats plus larges sur le développement, elle a pris l'idée que l'unité appropriée de la justice n'est pas le revenu mais la véritable opportunité. L'approche par les capacités est le visage public de cette synthèse, mais elle est soutenue par une psychologie morale plus profonde : les émotions sont des évaluations de valeur, et non des intrusions irrationnelles.

Cette affirmation psychologique est centrale à son caractère en tant que penseuse. Nussbaum ne se contente pas de condamner la cruauté ; elle veut expliquer pourquoi des personnes décentes y participent, pourquoi les sociétés normalisent l'humiliation et pourquoi les systèmes rationnels masquent souvent la peur de la dépendance. Elle a défendu à plusieurs reprises les sciences humaines parce qu'elle croit qu'elles forment la perception morale, en particulier la capacité d'imaginer les vies intérieures des autres. En même temps, cette confiance dans l'éducation morale a fait d'elle une combattante publique, parfois impatiente avec les opposants qui voient la culture, le droit ou la religion comme des domaines neutres. Sa sévérité peut être revigorante ; elle peut aussi sembler une forme de contrôle intellectuel.

Ce qui rend son travail si durable, c'est qu'il est à la fois ambitieux et humain. Elle refuse la réduction des personnes à la satisfaction des préférences, tout en résistant à toute politique romantique de l'authenticité. Elle insiste sur le fait qu'une société juste doit garantir les conditions dans lesquelles les gens peuvent vivre en tant qu'êtres incarnés, sensibles et raisonnants. Cela l'a rendue indispensable aux discussions sur le handicap, le soin, la justice mondiale et les sciences humaines. Mais cela a également imposé des obligations aux lecteurs et aux institutions : si la vulnérabilité est réelle, alors le privilège est plus difficile à excuser, et l'échec n'est plus une abstraction.

Ses contradictions font également partie de son importance. Elle est universaliste à une époque pluraliste, aristotélicienne à une époque libérale, et perfectionniste moral qui rejette le perfectionnisme coercitif. Ces tensions ne sont pas des défauts, mais plutôt les marques d'un argument qui essaie de faire un véritable travail. La philosophie de Nussbaum reste influente parce qu'elle continue de poser la question de ce que la justice signifie lorsque l'être humain n'est pas une abstraction mais un animal fragile qui aime, craint, dépend et espère.

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