Mozi (Mo Di)
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Mozi est moins un auteur solitaire qu'une présence fondatrice : le nom sous lequel un mouvement de maîtres disciplinés, de conseillers politiques et de techniciens s'est exprimé. La tradition survivante le place dans la turbulence de la fin de la dynastie Zhou, lorsque le prestige de l'aristocratie rituelle s'affaiblissait et que les États rivalisaient pour leur survie. Ce contexte est important car la question centrale de Mozi n'était pas comment perfectionner une vie contemplative, mais comment empêcher un monde politique endommagé de se gaspiller.
Son originalité réside dans l'union de l'universalisme moral et du réalisme administratif. Dans les textes qui lui sont associés, il s'attaque à la guerre offensive, aux funérailles coûteuses, à la musique élaborée et au privilège héréditaire non pas parce qu'il est hostile à la culture en tant que telle, mais parce qu'il croit que les ressources publiques doivent être jugées par leur contribution au bien commun. Il est ainsi l'un des premiers philosophes à traiter l'éthique comme quelque chose qui doit répondre aux conséquences visibles dans la vie des gens ordinaires. L'idée de jian ai, souvent traduite par « soin impartial », est son héritage le plus célèbre : une exigence selon laquelle la préoccupation ne devrait pas être confinée par la parenté, l'État ou le rang.
La pensée de Mozi a une sévérité qui peut sembler doctrinaire jusqu'à ce que l'on perçoive son sérieux moral. Il ne demande pas aux gens de ressentir la même affection pour tout le monde ; il demande aux dirigeants et aux sujets d'arrêter de laisser le favoritisme gouverner l'action publique. Cette distinction donne à sa philosophie à la fois sa force et sa vulnérabilité. Elle est puissante car elle rend la justice publique et mesurable. Elle est vulnérable parce que les êtres humains n'aiment pas de manière impartiale, et la politique exploite souvent ce fait.
En tant que portrait intellectuel, Mozi est remarquable par sa combinaison de compétence pratique et d'abrasion morale. Il apparaît dans la tradition ultérieure comme un défenseur de la fortification défensive et de l'expertise technique, suggérant que l'école se comprenait non seulement comme un ensemble de doctrines mais comme une force organisée pour prévenir le mal. Pourtant, son efficacité même en a fait un antagoniste de la culture littéraire, rituelle et aristocratique que l'orthodoxie confucéenne ultérieure préférait. Il est devenu, dans la mémoire, le philosophe de l'utilité sévère : austère, exigeant et peu enclin à laisser le prestige se substituer au bénéfice.
Son importance durable réside dans le fait qu'il a contraint la philosophie chinoise à confronter une question qu'aucune civilisation ne peut éviter : quel est le statut moral de la partialité ? Que l'on admire ou résiste à sa réponse, Mozi a rendu impossible de prétendre que la loyauté familiale, la gloire militaire et le rang hérité sont des biens auto-justifiants. Il demeure donc l'un des grands challengers de la complaisance morale des élites.
