L'idéalisme n'est pas apparu dans un vide. Il est né d'une Europe où les anciennes certitudes avaient été ébranlées par la science, le scepticisme et l'effondrement de la confiance métaphysique héritée. À la fin du XVIIIe siècle, l'univers décrit par Newton semblait légal, élégant et indifférent ; pourtant, la philosophie qui avait tenté d'expliquer cet univers semblait soit laisser l'esprit à l'écart de la nature, soit réduire la nature à un simple mécanisme de parties étendues. L'inquiétude centrale était simple à énoncer et difficile à fuir : si le monde n'est que ce qui peut être mesuré, où se situent le sens, la liberté et la conscience de soi ?
En Grande-Bretagne, John Locke avait fait de la sensation la porte d'entrée vers la connaissance, et le succès de l'empirisme était également son point de pression. Si l'esprit commence comme une tabula rasa, et si les idées proviennent uniquement de l'expérience, alors le statut du monde tel qu'il est en lui-même reste flou. George Berkeley, au début du XVIIIe siècle, a exercé cette pression jusqu'à ce qu'elle cède. Si tout ce que nous connaissons ce sont des idées, pourquoi multiplier la matière au-delà de la nécessité ? Et si le supposé substrat matériel n'est jamais perçu, pourquoi le traiter comme plus qu'une commodité pour le philosophe ? Dans ce contexte, l'idéalisme a commencé non pas comme un refus rêveur de la réalité, mais comme une exigence d'honnêteté intellectuelle sur les termes selon lesquels la réalité est rencontrée.
Une seconde perturbation est venue du scepticisme. David Hume avait réduit la causalité, la substance et même l'identité personnelle à des habitudes d'attente et d'association. Ses arguments ne menaçaient pas seulement la théologie ; ils menaçaient la confiance que la science repose sur la nécessité plutôt que sur la coutume. Lorsque Kant a plus tard déclaré que Hume l'avait réveillé d'un "sommeil dogmatique", il nommait une crise déjà en cours : soit l'esprit impose un ordre à l'expérience, soit l'expérience elle-même ne donne aucune garantie pour l'ordre que nous pensons y trouver. C'était l'ouverture par laquelle l'idéalisme allemand entrerait.
Il y a ici une ironie historique frappante. Le succès même des nouvelles sciences a rendu l'ancienne image philosophique instable. Plus la nature était décrite comme une extension et un mouvement légaux, plus la conscience devenait anormale. Les pensées, les significations, les buts et les valeurs semblaient appartenir à un registre différent des atomes et des forces, pourtant elles n'étaient pas de simples embellissements optionnels. Un jugement légal, une preuve mathématique, une révolution politique et une conversion religieuse étaient tous des événements réels ; mais aucun ne pouvait être compris comme de simples collisions de matière. L'idéalisme est né dans cet écart.
Cet écart avait des prédécesseurs. Le contraste de Platon entre le visible et l'intelligible avait longtemps suggéré que ce qui est le plus élevé dans la réalité peut ne pas être ce qui est le plus corporel. Le néoplatonisme, la théologie chrétienne et le rationalisme moderne précoce ont tous préservé une certaine version de la pensée selon laquelle l'esprit ou l'âme n'est pas un sous-produit accidentel de l'être. Mais l'idéalisme des XVIIIe et XIXe siècles n'était pas simplement un revival de la métaphysique ancienne. Il devait répondre à une question moderne : comment le monde peut-il être intelligible sans devenir une machine morte, et comment l'esprit peut-il être actif sans être piégé en lui-même ?
La conversation intellectuelle immédiate était donc encombrée. Leibniz a proposé un univers de monades dont les perceptions internes reflétaient l'ordre des choses. Wolff a systématisé la métaphysique à la suite de Leibniz. Berkeley a nié la substance matérielle dans son ensemble, mais a laissé Dieu comme garant d'une expérience stable. Hume a dissous les hypothèses qui avaient sous-tendu à la fois l'empirisme et la métaphysique. Kant a ensuite tenté un règlement critique : ce n'est pas la réalité en tant que telle, mais l'expérience de la réalité, qui doit se conformer aux formes apportées par l'esprit. Cette réponse n'a pas satisfait tout le monde, mais elle a donné au mouvement son point de départ le plus durable.
Le monde social comptait également. Les universités allemandes dans l'après-Lumières étaient des lieux où la métaphysique pouvait encore être considérée comme une entreprise publique sérieuse, tandis que la culture plus empiriste de la Grande-Bretagne avait tendance à se méfier des systèmes spéculatifs. Pourtant, les deux régions étaient hantées par la même question : si la liberté est compatible avec un monde décrit par la causalité. L'idéalisme est inséparable de cette anxiété morale et politique. Une personne qui n'est qu'un objet de plus dans la nature n'est pas manifestement responsable ; une personne qui est plus qu'un objet peut appartenir à un ordre complètement différent.
Même le mot "idéalisme" portait une tension. Pour ses critiques, il suggérait l'irréalité, comme si le monde était dissous dans des rêves. Pour ses défenseurs, il marquait l'opposé : l'affirmation que les apparences n'ont de sens que parce qu'elles sont déjà structurées par l'esprit, l'âme ou des formes qui ne sont pas elles-mêmes de simples choses matérielles brutes. Le différend ne portait pas sur l'existence d'un monde, mais sur quel type d'être il a s'il peut être connu, habité et transformé par des créatures rationnelles.
Ce différend s'est concentré dans l'œuvre de Kant, qui a refusé à la fois le réalisme naïf et le scepticisme pur. Il a fait le mouvement décisif en demandant non pas ce qu'est le monde en dehors de nous, mais ce qui doit être vrai de l'esprit pour qu'il y ait un monde pour nous. Cette question n'a pas résolu l'idéalisme ; elle l'a fait exploser. Une fois que la conscience est vue comme active plutôt que passive, le problème suivant devient inévitable : si l'esprit aide à constituer l'expérience, jusqu'où va son pouvoir ?
Et ainsi, la scène était prête pour la revendication centrale de l'idéalisme dans sa forme moderne : la réalité, du moins la réalité telle qu'elle nous est révélée et peut-être la réalité plus profondément comprise, n'est pas indifférente à l'esprit mais liée à elle.
