La principale critique de la pensée anti-régressive est qu'elle confond souvent notre désir de complétude avec une nécessité métaphysique. Une chaîne peut nous sembler insatisfaisante simplement parce que nous n'aimons pas la dépendance non résolue. Mais l'insatisfaction n'est pas encore une contradiction. On peut se demander si chaque régression est véritablement vicieuse, ou si certaines sont simplement sans fin sans être irrationnelles.
C'est une ligne de résistance associée, de différentes manières, aux anciens atomistes et aux défenseurs ultérieurs des séries infinies. Démocrite et Épicure n'acceptent pas le monde comme un puzzle qui doit se terminer en une seule source privilégiée. L'univers peut plutôt consister en des atomes non générés se déplaçant dans le vide, une image qui évite la demande d'une première cause explicative au sens théologique familier. Le choc philosophique ici est que l'explication peut s'arrêter non pas dans un principe lumineux mais dans le refus d'en exiger un.
Une seconde critique vient de Hume, qui s'attaque à la nécessité causale elle-même. Si notre notion de cause découle de l'habitude et de la succession observée, alors la demande d'une première cause peut dépasser ce que l'expérience peut justifier. Dans les Dialogues sur la religion naturelle, la tentative d'inférer un terme divin de l'ordre du monde est vulnérable à l'objection que toute l'inférence suppose plus qu'elle ne prouve. Une régression infinie d'explications peut sembler insatisfaisante, mais le point plus large de Hume est qu'un point d'arrêt fini peut être tout aussi peu justifié s'il est choisi par appétit plutôt que par argument.
Kant radicalise la question en transformant la régression en une antinomie de la raison. Dans la Critique de la raison pure, la raison cherche naturellement l'inconditionné, mais lorsqu'elle essaie d'étendre cette demande au-delà de l'expérience possible, elle tombe dans la contradiction : le monde semble à la fois exiger un commencement et ne permettre aucun premier moment. La leçon n'est pas seulement que la régression est difficile à résoudre. C'est que la raison génère le problème par sa propre ambition légitime. L'esprit veut la totalité, et la totalité, une fois exigée dans des conditions qu'elle ne peut satisfaire, devient un piège.
Il existe également des tensions philosophiques internes dans les réponses fondationnalistes. Si l'on dit que certaines croyances sont auto-justifiantes ou non inférentielles, le sceptique demande pourquoi celles-ci, et pas d'autres ? Un rapport perceptif peut sembler immédiat, mais le sentiment immédiat n'est pas encore l'infaillibilité. Le tournant surprenant est que l'effort pour arrêter la régression produit souvent une classe privilégiée d'exceptions, et les exceptions sont philosophiquement coûteuses. Elles doivent être soit réellement différentes en nature, soit ressembler à des panneaux d'arrêt arbitraires érigés au milieu de l'enquête.
Le cohérentisme a son propre fardeau. Si chaque croyance est soutenue par le réseau, alors on s'inquiète d'un cercle beau mais déconnecté. Un conte de fées cohérent peut tenir ensemble en interne tout en échouant à toucher la réalité. Ainsi, le problème de la régression revient sous une autre forme : comment le système entre-t-il en contact avec le monde si tout le soutien est interne ? L'accusation du critique est que la cohérence peut substituer la réassurance mutuelle à la justification.
En éthique et en politique, les arguments de régression deviennent également des armes contre les revendications institutionnelles. Si l'autorité d'une loi provient d'une constitution, et la constitution du peuple, et le peuple de la coutume historique, on peut se demander où se trouve finalement l'autorité légitime. Pourtant, ici aussi, la demande peut dépasser la raison. Les ordres sociaux dépendent souvent de conventions, de pratiques énoncées et de reconnaissance mutuelle plutôt que d'une seule histoire d'origine. Une justification terminale parfaite peut être une fantaisie de philosophe, pas une condition de la vie civique.
Cela crée une tension au cœur du sujet : l'argument de régression est à la fois indispensable et dangereux. Il expose une dépendance cachée, mais il peut aussi faire du parfait l'ennemi du bon. Un modèle scientifique, un système juridique ou une théorie morale peuvent être utiles même si leur fondement ultime est incomplet. La question n'est pas de savoir si chaque explication a une fondation absolue, mais si le travail explicatif exigé dans un contexte donné a été fait suffisamment bien.
Certains philosophes ont donc essayé d'affaiblir la demande plutôt que de la satisfaire. Les pragmatistes déplacent la question du fondement métaphysique vers le succès pratique. Les philosophes analytiques ultérieurs distinguent la régression explicative de la régression justificatoire, ou traitent le « fondement » comme une relation primitive non réductible à la cause. Les métaphysiciens contemporains parlent souvent de dépendance sans insister sur la priorité temporelle. Ces mouvements n'abolissent pas la régression ; ils la domestiquent.
Cependant, la plus profonde objection reste la plus ancienne : peut-être que la demande d'une fin est elle-même mal placée. Une régression infinie peut être vicieuse seulement si la série est censée accomplir un type de travail que seule une terminaison peut accomplir. Mais si le travail est différent — si une séquence peut être explicative sans être finale — alors l'urgence du philosophe peut être un artefact de conception, pas une loi de la réalité.
Ainsi, le sujet est testé dans le feu et se révèle ni trivial ni décisif. Les arguments de régression exposent des théories qui empruntent sans fin à ce qu'elles prétendent expliquer. Pourtant, les critiques montrent que toutes les interminabilités ne sont pas un échec. Le résultat est une philosophie plus humble, qui doit désormais se demander non seulement si une chaîne se termine, mais quel type de chaîne elle est, ce qui compte comme une fin, et si la demande d'une fin est toujours rationnelle.
