Une fois que le libre arbitre libertarien est énoncé clairement, il doit être intégré dans un compte plus large des personnes. Les systèmes les plus influents se divisent en deux familles : le libertarianisme causal par événements et le libertarianisme causal par agents. Le premier admet que des événements antérieurs nous inclinent d'une manière ou d'une autre, mais nie qu'ils puissent déterminer l'issue ; le second affirme que la personne, et non seulement les événements en elle, est la véritable source de l'acte. Les deux familles tentent de résoudre le même problème : comment une action peut-elle être véritablement à la charge de l'agent sans être un événement aléatoire.
Le libertarianisme causal par événements est souvent associé à Robert Kane, dont The Significance of Free Will (1996) soutient que l'indétermination peut entrer dans les moments de formation de soi, en particulier dans des situations de choix « déchiré » ou « difficile ». Son modèle est vivant car il préserve la lutte ordinaire. Une personne essayant d'agir généreusement tout en désirant également un avantage ne fait pas simplement face à un tirage au sort. Au contraire, il y a un conflit au sein du soi, et la manière dont l'agent le résout façonne le caractère futur. L'intuition de Kane est que les actes libres comptent le plus là où ils aident à façonner le type de personne que l'on devient.
L'idée clé ici n'est pas que le hasard décide aléatoirement de la question. C'est qu'à certains moments décisifs, l'effort de l'agent ne détermine pas entièrement l'issue. L'effort est réel ; l'issue est ouverte. Si la générosité l'emporte, ce n'est pas simplement parce que l'univers a été mécaniquement agencé pour la produire. Pourtant, si l'égoïsme l'emporte, l'agent est tout de même responsable car la lutte elle-même lui appartenait et les alternatives étaient véritablement vivantes. C'est une manière hautement technique de préserver la source sans renoncer à l'intelligibilité.
Le libertarianisme causal par agents, associé dans la philosophie analytique moderne à Roderick Chisholm et défendu plus tard sous différentes formes par Timothy O'Connor et Randolph Clarke, tente d'aller plus loin. Il affirme que la personne peut causer une action sans être causée à le faire par un événement antérieur suffisant. L'agent n'est pas un fantôme en dehors de la nature ; au contraire, l'agent est une substance dotée de pouvoirs. Dans cette perspective, une décision peut commencer avec la personne comme cause originelle, tout comme un feu peut chauffer ou un aimant peut attirer, sauf que la causalité de la personne est rationnellement réactive plutôt que simplement physique.
Cette image est importante car elle préserve une forte intuition sur l'agence : lorsque je décide, je ne suis pas seulement le lieu de processus ; je suis celui qui tranche. Le tournant surprenant est que les libertariens ont souvent besoin d'une métaphysique plus riche, et non plus mince. La liberté ne s'épanouit pas dans une ontologie sparse. Elle exige que les agents possèdent des pouvoirs causaux irréductibles. Pour de nombreux lecteurs, cela sonne démodé, mais c'est précisément pourquoi cela peut porter le poids de la responsabilité.
Une illustration concrète aide. Imaginez un secouriste décidant s'il doit entrer dans un bâtiment en train de s'effondrer. Il s'est entraîné pour ce moment ; le danger est évident ; l'envie de fuir est réelle. Un compatibiliste dit que son entrée peut être libre si elle découle de ses valeurs sans coercition. Un libertarien dit qu'il faut quelque chose de plus : l'étape cruciale ne doit pas être fixée par des causes antérieures. La décision courageuse du travailleur devient un véritable acte d'origine, pas seulement le résultat du caractère plus des circonstances. Le drame de la scène dépend d'un avenir ouvert au moment de la décision.
Une autre distinction importante concerne la responsabilité et l'explication. Les libertariens ne nient pas que les raisons comptent ; en effet, ils insistent sur le fait que la délibération rationnelle est centrale. Mais ils résistent à l'affirmation selon laquelle les raisons, agissant comme des causes suffisantes antérieures, épuisent l'histoire. Les raisons doivent influencer sans contraindre. La personne doit être capable de les approuver ou de les refuser. Sinon, la délibération devient du théâtre, et le raisonnement pratique—planification, promesse, repentance—se transforme en un script déjà complété avant d'être joué.
C'est pourquoi le libertarianisme s'étend à la fois à l'éthique, à la métaphysique et à la philosophie de l'esprit. Éthiquement, il défend le mérite et le blâme. Métaphysiquement, il insiste sur le fait que le monde contient de véritables originateurs. En philosophie de l'esprit, il résiste à réduire le choix à des événements cérébraux seuls. Le soi devient un site de contrôle actif, non un point final passif. L'ambition du système est grande car la question est grande : il veut une place pour les personnes dans un univers qui, autrement, semble expliquer tout sauf le fait que quiconque choisisse.
Le coût d'un tel système est évident. Plus on accorde de pouvoir à l'agent, plus il devient difficile de spécifier comment la causalité par agents fonctionne sans un relâchement mystérieux. Pourtant, le libertarianisme ne considère pas cette inquiétude comme fatale. Il traite l'explication et l'ultimité comme des exigences différentes. Une histoire causale complète qui ne laisse aucune place à l'agent peut être trop facile ; une théorie qui sécurise l'agence peut nécessiter un mobilier métaphysique que le naturalisme sobre trouve inconfortable.
À son apogée, donc, le libre arbitre libertarien n'est pas un déni de la causalité mais une division du travail dans la causalité. Les événements ont des causes, mais les personnes peuvent aussi être des causes à part entière. La personne n'est pas simplement un objet agi. Elle est un locus d'initiative qui peut, dans le cas crucial, initier une séquence causale qui n'est pas entièrement héritée. La question suivante est de savoir si cette image survit au contact d'objections aussi anciennes que la doctrine elle-même et aussi modernes que les neurosciences.
