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5 min readChapter 4Europe

Tensions et critiques

L'objection la plus familière au libre arbitre libertarien est aussi la plus ancienne : si un choix n'est pas déterminé, alors il semble aléatoire. Et s'il est aléatoire, comment peut-il être possédé par l'agent ? C'est le célèbre dilemme. Le déterminisme menace la liberté en rendant chaque acte inévitable ; l'indéterminisme la menace en rendant chaque acte arbitraire. Les libertariens doivent échapper aux deux cornes à la fois, et de nombreux critiques pensent que la voie d'évasion est plus étroite que ne l'admettent ses défenseurs.

David Hume a fourni l'un des défis les plus aigus dès le début. Dans son cadre compatibiliste, la liberté n'est pas l'absence de causes mais l'absence de contrainte. Le véritable ennemi est la coercition, non la détermination. Selon cette perspective, le prisonnier enchaîné est non libre, mais la personne qui agit selon un caractère établi est libre même si ce caractère a des causes. L'avantage de Hume est la clarté pratique. Nous pouvons punir, louer, délibérer et prédire sans drame métaphysique. La réponse libertarienne, cependant, est que le compte rendu de Hume change de sujet : il explique quand l'action est volontaire, non quand l'agent est la source ultime.

Des critiques ultérieures ont soulevé la même question dans un idiome plus moderne. Si tous les choix proviennent de processus neuronaux, de conditionnements environnementaux et de tempéraments hérités, alors la source libertarienne semble de plus en plus un substitut pour le mystère. Le défi de la neuroscience n'est pas que les cerveaux existent — les libertariens savent qu'ils existent — mais que chaque corrélat mesurable de la décision semble ancré dans des conditions physiques antérieures. Les expériences associées à Benjamin Libet et les travaux ultérieurs d'autres ont souvent été interprétés comme suggérant que l'activité cérébrale précède la prise de conscience consciente de la décision. Les philosophes disputent l'interprétation de ces résultats, mais la pression qu'ils exercent est indéniable : si le corps se dirige déjà vers l'action avant que l'agent « décide », alors où exactement se produit la rupture dans la chaîne ?

Il existe également une objection morale. Supposons que le libertarien insiste sur le fait qu'au moment décisif, l'agent aurait réellement pu agir autrement. Cette affirmation peut sembler renforcer la louange et le blâme, mais elle peut aussi affaiblir l'équité. Si une personne résiste à la tentation et qu'une autre échoue, alors que les deux résultats dépendent en partie de choix auto-formants indéterminés, pourquoi la chance, dans un sens métaphysique, devrait-elle façonner le mérite moral ? Le risque est que la liberté libertarienne devienne trop mince pour fonder la justice, car elle injecte le hasard là où nous voulions l'autorité.

Une critique particulièrement puissante provient de la demande d'intelligibilité explicative. Dans une décision entre l'honnêteté et la tromperie, nous pouvons citer des motifs, une éducation, des principes et des habitudes. Mais si ceux-ci ne déterminent pas pleinement l'acte, qu'est-ce qui fait pencher la balance ? Si le libertarien dit « l'agent le fait », le critique demande plus. Dire « l'agent » peut sembler une explication, mais cela peut fonctionner comme une étiquette pour ce qui reste inexpliqué. Pour de nombreux philosophes, c'est le moment où le libertarianisme semble le plus vulnérable : il veut préserver l'agence en refusant le type d'explication qui ferait disparaître l'agence, mais le refus lui-même peut sembler laisser l'acte en suspens dans les airs.

Les réponses libertariennes les plus fortes ne sont pas des évasions. Elles insistent sur le fait que l'explication ne doit pas toujours être une causalité suffisante. Une raison peut incliner sans nécessiter. Un agent peut se décider parmi des considérations concurrentes sans être poussé par l'une d'elles comme par une boule de billard. C'est une différence profonde entre les personnes et les objets. Pourtant, le critique répond que « se décider » sonne comme une métaphore à moins que la théorie puisse spécifier le mécanisme par lequel le soi le fait. Ici, le débat touche le fondement : chaque explication véritable est-elle réductible à la causalité événementielle, ou peut-il y avoir une causalité d'agence irréductible ?

La surprise est que certaines des objections les plus difficiles proviennent des intuitions morales que les libertariens visent à protéger. Si la décision de quelqu'un est réellement ouverte jusqu'à la dernière seconde, alors comment le caractère qui en résulte peut-il être suffisamment stable pour que la responsabilité s'y attache ? On pourrait louer le courage d'un soldat ou condamner la trahison d'un traître, mais si les actes cruciaux ne sont pas déterminés par qui ils sont, alors le soi semble fragmenté en actes épisodiques d'origine. La responsabilité nécessite une continuité ; le libertarianisme risque de rendre chaque choix trop discret.

Le célèbre concept de « chance morale » de Thomas Nagel a aiguisé ce malaise, même s'il ne défendait pas le déterminisme. Son point était que beaucoup de ce que nous louons ou blâmons dépend de facteurs échappant à notre contrôle. Le libertarianisme répond en insistant sur le fait qu'il sécurise au moins un point de contrôle crucial. Mais cette réponse peut ne pas répondre à l'inquiétude plus profonde que la création de soi-même doit reposer sur un soi antérieur, sinon elle devient inexplicablement venue de nulle part. La théorie semble exiger que l'agent soit à la fois causé et non causé sous différents aspects, et les critiques soupçonnent que la distinction peut ne pas faire assez de travail.

Pourtant, les critiques les plus sérieuses ne rejettent pas simplement le libertarianisme. Elles reconnaissent qu'il préserve ce que de nombreuses personnes ne peuvent pas facilement abandonner : le sentiment qu'une décision peut réellement dépendre de nous d'une manière que la description de l'extérieur n'épuise jamais. C'est pourquoi le débat a perduré. Le déterminisme offre de la clarté mais menace la responsabilité ; le libertarianisme offre la responsabilité mais courtise le mystère. Le résultat n'est pas une réfutation établie mais un coût philosophique permanent.

À la fin du débat, le libre arbitre libertarien a été testé précisément à l'endroit qui lui tient le plus à cœur : si les êtres humains peuvent être des sources ultimes sans devenir incompréhensibles. La question n'est plus de savoir si la vue semble noble. Il s'agit de savoir, sous la pression de la science et de l'explication, si elle peut encore revendiquer une place dans le monde. Le chapitre suivant suit cette question dans ses carrières ultérieures, où la théorie survit moins comme un consensus que comme une provocation récurrente.