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7 min readChapter 4Americas

Tensions et critiques

Le scarabée dans la boîte a souvent été interprété comme une réfutation du langage privé, mais il vaut la peine de s'arrêter sur la manière dont ce slogan familier simplifie l'objectif réel de Wittgenstein. Il ne dit pas simplement qu'on ne peut pas tenir un journal de ses sensations, ou que la vie intérieure est une illusion. Il avance une revendication plus profonde : un langage nécessite des normes de correction, et ces normes ne peuvent pas être soutenues par ce qui semble juste à un seul locuteur. Cette revendication a suscité des critiques de plusieurs directions, et chacune d'elles est importante car chacune essaie, d'une manière différente, de protéger ce qui semble le plus immédiat et indéniable dans la vie consciente.

Une ligne de critique affirme que Wittgenstein confond l'épistémologie de la sensation avec son ontologie. Une douleur est privée dans le sens où je suis le seul à la ressentir ; pourquoi cela devrait-il m'empêcher de la nommer ? Je peux certainement prêter attention à ma propre sensation et y attacher un signe, même si personne d'autre ne peut l'inspecter. Dans une galerie de musée, la scène est facile à imaginer : la vitrine est petite, le scarabée est invisible, la boîte est fermée, et le visiteur se voit dire que le contenu n'a pas d'importance. Mais l'objection du philosophe ne concerne pas seulement le contenu de la boîte. Elle porte sur la question de savoir si l'acte de nommer peut exister sans aucun critère par lequel le même signe peut être utilisé encore et encore. La réponse de Wittgenstein est que la simple attention intérieure ne fournit pas encore une règle. Le critique peut rétorquer que cela est trop exigeant : de nombreuses capacités pratiques sont acquises sans critères publics explicites, et une grande partie de la vie se déroule par intuition plutôt que par instruction formelle. Néanmoins, l'inquiétude demeure qu'un acte purement privé ne peut pas distinguer la ré-identification correcte de l'illusion de similitude.

C'est ici que le passage du scarabée exerce sa pression durable. Le point n'est pas qu'une personne ne pourrait jamais, dans un sens large, fixer un mot à une sensation. Le point est que si rien de public ne peut jamais compter pour ou contre l'utilisation de ce mot, alors la distinction entre l'utiliser correctement et simplement penser l'avoir utilisé correctement commence à s'évaporer. La difficulté n'est pas seulement une question de propreté philosophique ; il s'agit d'une question de normativité. Le langage n'accompagne pas simplement l'expérience. Il présuppose un moyen de distinguer le bon usage du mauvais. S'il n'y a pas de différence entre "semble juste maintenant" et "est juste", alors que reste-t-il de sens ?

Un autre défi vient des théories de la conscience phénoménale qui insistent sur le caractère qualitatif de l'expérience — ce que la douleur ou le rouge ressentent — doit être primaire. Selon ce point de vue, le scarabée peut sembler une tentative d'évacuer la subjectivité au nom de la grammaire. Pourtant, cette interprétation est trop sévère si elle oublie la différence entre avoir une expérience et avoir une sémantique pour celle-ci. Wittgenstein ne nie pas la sensation. Il nie que la sensation, à elle seule, puisse légiférer sur la correction linguistique. La tension ici est que la chose la plus intime pour nous peut être précisément ce qui ne peut pas fonder la normativité publique. En ce sens, le passage dramatise un problème plutôt que de le rejeter : comment le fait le plus immédiat d'une vie peut-il devenir une norme partagée sans cesser d'être immédiat ?

Le point de pression philosophique le plus célèbre est le suivi des règles. Si le sens dépend de l'usage, qu'est-ce qui fait qu'un usage est le bon usage plutôt qu'un usage simplement habituel ? La lecture controversée de Wittgenstein par Saul Kripke dans Wittgenstein on Rules and Private Language (1982) a transformé cela en un paradoxe sceptique : aucun fait concernant un individu ne semble suffisant pour déterminer quelle règle elle entendait suivre. De nombreux chercheurs contestent l'interprétation de Kripke, mais le débat montre comment le passage du scarabée peut être engagé dans un défi plus large concernant la détermination sémantique. Si la boîte ne peut ancrer le sens, peut-être aucun fait intérieur ne le peut. Cette possibilité a rendu le passage central non seulement pour la philosophie de l'esprit, mais pour toute une région de l'argumentation du vingtième siècle sur la question de savoir si le sens est fixé par quoi que ce soit caché à l'intérieur du sujet.

Il y a aussi l'inquiétude que l'insistance de Wittgenstein sur des critères publics néglige l'autorité à la première personne de l'aveu. Lorsque je dis "J'ai mal à la tête", je ne l'infère généralement pas à partir de preuves. Il semble que je le sache directement. Des critiques comme A.J. Ayer et des philosophes ultérieurs sympathiques à la conscience intérieure ont soutenu que cette immédiateté doit compter pour quelque chose. Ici, les enjeux sont subtils mais élevés : si l'autorité du locuteur sur ses propres sensations ne peut pas être respectée, alors la connaissance de soi ordinaire semble menacée ; mais si elle est traitée comme souveraine de la mauvaise manière, alors les critères linguistiques disparaissent. La réplique de Wittgenstein, cependant, est que la directivité est compatible avec un autre type de grammaire. L'énoncé n'est pas un rapport après observation ; c'est une expression vécue qui a appris sa place dans le langage.

Cette distinction est importante car elle préserve une scène ordinaire sans l'inflater en un tribunal épistémique. On ne consulte généralement pas de dossiers, ne compare pas de dates, ou n'ouvre pas un dossier étiqueté "preuves de maux de tête" avant de parler. Pourtant, l'absence de telles procédures ne signifie pas que la phrase "J'ai mal à la tête" est privée dans le sens problématique. Cela signifie que l'aveu est ancré dans une forme de vie. Le jeu de langage est publiquement enseignable même lorsque l'expérience n'est pas inspectable publiquement. Pour Wittgenstein, cela n'est pas une réduction du soi ; c'est la grammaire de l'auto-attribution.

Une deuxième difficulté concerne les enfants, les animaux et les créatures inarticulées. Si le cri d'un bébé compte comme une expression de douleur avant le langage, cela ne suggère-t-il pas un noyau privé précédant les critères publics ? Wittgenstein peut accueillir cette pensée, mais seulement en distinguant l'expérience du jeu linguistique. Le bébé ressent ; l'utilisateur de la langue apprend à parler de la sensation. L'écart est exactement ce que dramatise le scarabée. Pourtant, le critique peut demander si cet écart n'est pas trop large, risquant une image dans laquelle le langage flotte librement de la vie même qu'il est censé décrire. La force historique de l'objection est claire : nous ne discutons pas seulement d'abstractions, mais de la transition de la sensation vivante à l'expression socialement partagée, d'un cri dans une crèche à une phrase dans une communauté.

L'objection la plus frappante, peut-être, est existentielle plutôt que technique. Si la sensation privée ne peut pas déterminer le sens, cela rend-il la conscience moins réelle ou moins autoritaire que le bon sens ne le dit ? De nombreux lecteurs ont ressenti l'impact de cette possibilité. La philosophie de Wittgenstein peut sembler démystifier l'intérieur si complètement qu'elle menace d'aplatir le soi en comportement et en convention. Mais c'est un malentendu. Le point n'est pas que l'intérieur est une fiction. C'est que l'intérieur, précisément parce qu'il est intérieur, ne peut pas à lui seul servir de pierre de touche publique dont le langage a besoin. En d'autres termes, le scarabée n'est pas nié ; il est simplement privé de l'autorité de certifier le sens de la boîte.

Ce qui survit à ces critiques n'est pas une doctrine ordonnée mais une contrainte redoutable. Le passage du scarabée nous oblige à nous interroger sur ce qui compte comme preuve, ce qui compte comme règle, et ce qui compte comme sens. Les réponses ne peuvent pas être extraites de la seule vie privée. Pourtant, les objections nous rappellent le coût : la solution de Wittgenstein sécurise la normativité linguistique en l'attachant à la vie partagée, mais elle laisse ouverte la richesse ressentie de la subjectivité et l'inquiétude que quelque chose d'essentiel puisse rester inexprimé. L'idée a été mise à l'épreuve dans le feu, et le feu ne l'a pas réduite en cendres. Au contraire, il a montré la force durable du passage : non pas comme un rejet de la vie intérieure, mais comme un avertissement que la vie intérieure, aussi vive soit-elle, ne peut pas remplacer les normes par lesquelles le langage devient intelligible.