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CritiqueAnalytic philosophyUnited States

Thomas Nagel

1937 - Present

Thomas Nagel occupe une place singulière dans la philosophie moderne parce qu'il a refusé l'une des habitudes les plus réconfortantes de la discipline : l'habitude de prétendre que si un problème est suffisamment difficile, il peut être fait disparaître en changeant le vocabulaire. Il a rendu la conscience impossible à ignorer en lui donnant son expression moderne la plus durable en tant que problème de subjectivité. Dans « What Is It Like to Be a Bat? » (1974), il a soutenu qu'aucune accumulation de faits objectifs sur l'anatomie, le sonar ou le comportement des chauves-souris ne pouvait rendre compte du point de vue vécu de la chauve-souris. L'idée n'était pas que la science échoue en général, mais que la science, lorsqu'elle fonctionne par abstraction de la perspective, peut omettre la chose même qu'est la conscience : l'expérience pour quelqu'un.

Cet argument était caractéristique du tempérament de Nagel. Il n'était ni un métaphysicien flamboyant, ni un sceptique cherchant à démolir la connaissance pour le plaisir. Il était un penseur diagnostique, attiré par l'exposition des hypothèses cachées dans des systèmes qui prétendaient à la complétude. Son style philosophique était sévère, exigeant et souvent délibérément désenchanté. Cette sévérité lui conférait une énorme autorité, mais elle comportait aussi un coût psychologique : le travail de Nagel tourne sans cesse autour des limites de l'explication sans offrir les consolations de la clôture. Il est un philosophe de l'agitation, et son intelligence semble alimentée par un refus d'accepter qu'une théorie bien ordonnée puisse se substituer à une théorie honnête.

L'image publique de Nagel est celle d'un critique lucide du réductionnisme, mais l'histoire plus profonde est plus conflictuelle. Il n'a jamais été simplement anti-matérialiste, et il n'a jamais reculé vers le mysticisme. Au contraire, il a pressé une exigence selon laquelle les explications matérialistes doivent rendre compte du caractère de première personne de la vie sans prétendre que la subjectivité est une illusion. Cette posture l'a rendu indispensable aux débats en philosophie de l'esprit, mais elle l'a également mis en désaccord avec le triomphalisme scientifique et tout relativisme facile concernant la perspective personnelle. Il a demandé à la philosophie de rester responsable de la réalité telle qu'elle est vécue, et non simplement mesurée.

L'œuvre plus large de Nagel montre le même schéma. En philosophie morale et politique, il a résisté à la tentation de réduire l'éthique à soit une objectivité pure, soit une préférence pure. Son écriture sur l'absurdité de la vie, sur la raison et sur la justice reflète un esprit qui ressentait l'attraction de l'universalité tout en reconnaissant le fait obstiné du point de vue individuel. Cette tension est la source de son originalité et, en un sens, son fardeau. Il a constamment exposé l'écart entre le monde tel qu'il est décrit de nulle part et le monde tel qu'il est vécu de quelque part.

La conséquence de cette posture intellectuelle a été immense. Nagel a contribué à rendre la conscience subjective à nouveau respectable en tant que problème philosophique à une époque où beaucoup espéraient la dissoudre dans le calcul, le comportement ou la neurobiologie. Il n'a pas résolu le problème difficile de la conscience, mais il a défini ses termes si clairement que les penseurs ultérieurs ont dû lui répondre. Le coût de son honnêteté est que sa philosophie nous laisse avec une blessure plutôt qu'un remède : une reconnaissance que l'intérieur de l'expérience peut ne jamais être entièrement traduit dans le langage extérieur de la science. Pourtant, cette blessure est aussi son don. En refusant une fausse résolution, Nagel a appris à la philosophie à être plus fidèle à la difficulté d'être un esprit parmi d'autres esprits.

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